Bordeaux Métropole: Des roseaux testés pour dépolluer les eaux usées

ENVIRONNEMENT Des bassins plantés de roseaux sont expérimentés pour éliminer les micropolluants des eaux traitées par les stations d'épuration, avant de les rejeter dans la Garonne...

Elsa Provenzano

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Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants.
Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants. — M.B / Bordeaux Métropole

Insecticides, phosphore, antibiotiques, antidépresseurs, bêtabloquants, métaux lourds etc. la liste des micropolluants qui ne peuvent pas être traités par les stations d’épurations est très longue. Et ces eaux usées sont rejetées dans la Garonne, une fois traitées, perturbant l’écosystème aquatique.

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Depuis décembre 2015, une « biostation » équipée de bassins plantés de roseaux, une espèce aux pouvoirs dépolluants, est expérimentée par Bordeaux Métropole près de la station du Clos du Hilde, à Bègles. Inaugurée ce lundi, elle doit permettre d’étudier l'efficacité de cette méthode de dépollution.

Une étude a montré les dégâts des polluants sur le fleuve

L’étude ETIAGE qui a été menée de 2010 à 2014 a réuni chercheurs et opérateurs, qui ont planché ensemble pour mieux comprendre l’impact des rejets de l’agglomération sur le milieu aquatique de la Garonne. Ce sont les résultats préoccupants mis à jour lors de ces travaux qui ont incité les pouvoirs publics à s’engager dans la lutte contre les micropolluants.

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Des bassins végétalisés ont été installés sur un terrain de 3.000 m2 , en aval de la filière de traitement Clos du Hilde. Les zones de rejets sont plantées de roseaux, dont les racines abritent des micro-organismes et bactéries qui peuvent participer à la dégradation et à la minéralisation de certains polluants. Quelque 70.000 m3 d’eaux à traiter y sont déversés quotidiennement.

Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants.
Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants. - M.B / Bordeaux Métropole

Une pollution spécifique à traiter

Pendant 4 ans, des informations sur l’évolution de l’état des plantes et du sol vont être recueillies à l’aide de capteurs et la qualité de l’eau, avant et après l’arrivée dans les zones de rejet, sera scrutée avec attention.

L’objectif est de cerner la pollution spécifique à l’agglomération. Parmi les métaux lourds retrouvés dans le fleuve, l’étude ETIAGE a par exemple montré la présence d’argent issu de l’usage de canons anti-grêle par les viticulteurs.

Une généralisation possible en 2019

Un premier bilan de l’expérimentation sera tirée fin 2017, à mi-parcours. En 2019 si son impact se révèle positif, « il pourrait y avoir à terme une généralisation aux autres stations de traitement des eaux usées de la Métropole », assure Anne-Lise Jacquet, vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge de l’eau et de l’assainissement.

Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants.
Les racines des roseaux ont des pouvoirs dépolluants. - M.B / Bordeaux Métropole

Le coût total de l’opération est de 1,6 million d’euros, financé en grande partie par l’office national de l’eau et des milieux aquatiques (1,1 million d’euros), Bordeaux Métropole (543.000 euros) et l’agence de l’eau Adour Garonne (132.000 euros). Elle s’inscrit dans le cadre du programme de recherche Biotrytis élaboré par l’institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) et différents laboratoires universitaires locaux.

La possibilité d’une étude ETIAGE 2, concentrée sur l’étude des micropolluants, avait été envisagée à un moment mais n’est pas pour l’instant à l’ordre du jour.