Bordeaux: L'une des plus importantes fraudes sur le vin jugée ce jeudi

JUSTICE Roger Geens a écoulé des millions de bouteilles de vin contrefaites entre 1999 et 2002...

Mélissa Pollet-Villard

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Illustration de bouteilles de vin.
Illustration de bouteilles de vin. — Anthony Wallace AFP

C’est l’une des plus grosses fraudes dans l’histoire des vins de Bordeaux, révélée en 2002. L’affaire Geens a été renvoyée à maintes reprises et l’audience fixée à ce jeudi, à 9h30, au tribunal correctionnel de Bordeaux. Roger Geens a écoulé plusieurs millions de bouteilles de vins sous de fausses appellations.

  • Qui est l’accusé ?

Roger Geens est un ancien homme d’affaires belge de 78 ans. Possesseur de plus de 1.000 hectares de vignes dans le grand Sud-Ouest (de Narbonne à Saint Emilion), plus de 600 salariés travaillaient pour son groupe. Lorsque l’affaire éclate en 2002, il est accusé d’avoir écoulé au Benelux et en Europe du Nord des millions de bouteilles de vin frauduleuses entre le 1er janvier 1999 et le 31 décembre 2002. Après une non-présentation à son procès en 2003, l’affaire tombe dans l’oubli. En 2006, il est victime d’un accident vasculaire cérébral et part s’installer au sein de la principauté monégasque, d’où sa famille requiert une tutelle.

  • Quels sont les chefs d’accusation contre lui ?

Roger Geens est accusé de « tromperie sur la nature, la qualité substantielle, l’origine ou la quantité d’une marchandise », ainsi que de « présentation de produits faisant croire qu’il bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée ». En clair, l’ex-homme d’affaires, aujourd’hui partiellement handicapé, aurait produit puis exporté des millions de bouteilles de vin falsifiées : étiquettes en inadéquation avec les propriétés indiquées, vins coupés avec des composants chimiques (de la glycérine pour « arrondir » le vin rouge…), restes d’anciennes productions mélangés à des grands crus. De nombreux complices et des pots-de-vin figurent au dossier, mais il reste le seul poursuivi en France dans cette affaire.

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  • Pourquoi la procédure s’éternise-t-elle ?

Peu après la révélation des faits en 2002, grâce à des témoignages d’anciens proches, Roger Geens est assigné devant la justice en 2003. Il ne se présente pas et ne se fait pas non plus excuser. S’ensuit alors une longue période de disette judiciaire. Une perquisition un an plus tôt a été faite et une centaine d’échantillons de vins du groupe Geens prélevés. Ils ne seront jamais analysés.

Un procès s’ouvre à nouveau en janvier 2016, mais est renvoyé à cause de la santé de Geens. Me Jean-Claude Martin, avocat des parties civiles de la Fédération des syndicats des grands vins de Bordeaux n’exclut pas « un nouveau renvoi jeudi », en ajoutant que « l’audience s’orientera probablement autour de la question de la mise sous tutelle de Roger Geens à Monaco ».

L’avocat de la défense, Maître Daniel Lalanne n’a quant à lui pas souhaité commenter.