Gironde: Des phéromones dans les vignes de Saint-Estèphe pour limiter les insecticides

ENVIRONNEMENT Le Château Cos Labory, à Saint-Estèphe, a installé ce jeudi des capsules de phéromones dans ses vignes pour prévenir la prolifération de deux ravageurs, et éviter des traitements insecticides...

Elsa Provenzano

— 

A Saint-Estèphe, le 24 mars 2016, pose de diffuseurs de phéromones dans les vignes du château Cos Labory pour éviter la prolifération du ravageur appelé  la tordeuse de la grappe.
A Saint-Estèphe, le 24 mars 2016, pose de diffuseurs de phéromones dans les vignes du château Cos Labory pour éviter la prolifération du ravageur appelé la tordeuse de la grappe. — E.Provenzano / 20 Minutes

A l’heure où la viticulture est pointée du doigt pour son recours massif aux pesticides, dans l’émission Cash Investigation notamment, la prestigieuse appellation Saint-Estèphe veut valoriser ses efforts. Elle a communiqué, ce jeudi, sur son engagement à utiliser sur certaines parcelles, un dispositif à base de phéromones en alternative à l’utilisation d’insecticides pour lutter contre deux espèces de ravageurs, des papillons appelés « tordeuses de la grappe » (Eudémis et Cochylis).

>> A lire aussi : Bordeaux: Après Cash Investigation, une marche blanche contre les pesticides dimanche

De petites capsules remplies de phéromones de synthèse ont été installées ce jeudi sur 25 des 35 hectares de vignes du Château Cos Labory à Saint-Estèphe, juste avant la période de reproduction des ravageurs, qui a lieu en avril. La diffusion de ces phéromones brouille la communication entre mâles et femelles, on parle de méthode de « confusion sexuelle ».

Une capsule contenant les phéromones qui créent une confusion sexuelle chez deux espèces de papillons qui ravagent les vignes.
Une capsule contenant les phéromones qui créent une confusion sexuelle chez deux espèces de papillons qui ravagent les vignes. - E.Provenzano / 20 Minutes

​« Une capsule représente l’équivalent des phéromones de 10 millions de femelles. En général le mâle meurt d’épuisement en cherchant en vain une femelle », explique Philippe Lansiaux, ingénieur technique chez BASF, une entreprise de chimie qui a mis au point le diffuseur à base de plastique.

500 diffuseurs par hectare sont installés au printemps dans les rangs et ils sont efficaces environ 6 mois. « Les capsules sont fabriquées à base d’un plastique poreux et elles diffusent les phéromones jusqu’aux vendanges », précise Philippe Lansiaux. Il faut les changer tous les ans, à raison d’un coût de 185 euros par hectare.

A Saint-Estèphe, le 24 mars 2016, pose de diffuseurs de phéromones dans les vignes du château Cos Labory pour éviter la prolifération du ravageur appelé la tordeuse de la grappe.
A Saint-Estèphe, le 24 mars 2016, pose de diffuseurs de phéromones dans les vignes du château Cos Labory pour éviter la prolifération du ravageur appelé la tordeuse de la grappe. - E.Provenzano / 20 Minutes

« Ce n’est pas un écart très important par rapport à un insecticide », estime Philippe Lansiaux. « C’est quand même une somme, ça s’adresse plus aux grandes appellations », nuance de son côté Bernard Audoy, propriétaire du Château Cos Labory et président du syndicat viticole de Saint-Estèphe. Après la pose des diffuseurs les distributeurs de ces produits proposent un suivi, qui a lui aussi un coût.

« Cela nous permet de ne pas traiter systématiquement »

Les phéromones ont l’avantage de ne pas avoir d’impact sur les autres insectes. En fonction de l’état des parcelles, les viticulteurs peuvent choisir de traiter de façon classique ou en bio, en complément du dispositif. « Cela fera bientôt 6 ans que nos vignes sont confusées et d’années en années ça s’améliore. On voit qu’il y a un effet de masse, que de plus en plus de viticulteurs s’y mettent. Et cela nous permet de ne pas traiter systématiquement, de ne pas déclencher de traitements s’il n’y a pas de pressions (dégâts sur les plants) », explique Anaïs Maillet, ingénieur agronome et chef de culture au Château Lafon-Rochet, à Saint-Estèphe.

>> A lire aussi : Bordeaux: Des traces d'un pesticide interdit depuis 1972 relevées sur des courgettes

Mais pour que le dispositif soit efficace, il faut au moins qu’il y ait 8 à 10 hectares d’un seul tenant. Si une parcelle non confusée se trouve au milieu d’autres confusées, elle peut tout compromettre. C’est la raison pour laquelle l’appellation de Saint-Estèphe a choisi de se regrouper sur ce sujet. « C’est un début cette année et cette méthode va se développer dans toute l’appellation », a annoncé Bernard Audoy, qui estime qu’il y a « de grandes chances » qu’il ne traite pas ses vignes contre les tordeuse de grappe, cette année.

De la « confusion sexuelle » dans 5 % des surfaces viticoles en France

Cette méthode n’est pas nouvelle, elle a été mise au point en 1995, notamment grâce à l’institut national de la recherche agronomique (INRA). A ce jour seuls 5 % des surfaces viticoles de la France ont recours à cette technique, dont 12.000 hectares en Aquitaine et en Charente.

Plusieurs vignobles Girondins (Médoc, Graves, Saint-Emilion, Pomerol etc.) ont déjà commencé à s’intéresser à la confusion sexuelle, qui peut être utilisée en agriculture biologique. La méthode ne permet cependant pas d’éviter tout traitement et elle n’est valable que pour les tordeuses de grappes, alors que bien d’autres ravageurs existent.