Gironde: Le projet d'un élevage industriel de 12.000 porcs sera t-il autorisé?

AGRICULTURE La préfecture de la Gironde doit se prononcer d’ici le 20 mars sur le projet d’un élevage intensif de cochons à Saint-Symphorien, près de Bazas…

Elsa Provenzano

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Illustration d'un élevage porcin.
Illustration d'un élevage porcin. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Une exploitation Girondine veut passer de 7.000 à 11.600 porcs. Après plusieurs sursis à statuer, la décision du préfet concernant l’extension de cet élevage porcin installé à Saint-Symphorien, près de Bazas en Gironde, devrait intervenir d'ici le 20 mars.

Une réunion de concertation sur le projet est organisée ce mercredi à la préfecture. « Il s’agit d’écouter les différents partis et d’arriver à un compromis », assure le service communication de la préfecture. Une manifestation à l’appel de la Confédération Paysanne, opposée au projet, était prévue en marge de cette réunion.

Pourquoi l’exploitant veut agrandir son cheptel ?

La SAS Le Lay doit mettre ses installations en conformité avec la loi et cette modernisation a un coût que la société ne peut supporter, explique-t-elle, qu’en augmentant la taille de son cheptel. Elle explique au commissaire-enquêteur que les travaux d’extension vont permettre « d’améliorer l’ambiance des bâtiments et le bien-être des animaux ».

Quelles sont les conclusions du commissaire enquêteur ?

Le 19 mars 2014, le commissaire enquêteur chargé de l’enquête publique a rendu un avis défavorable à l'extension de l'exploitation, mettant en avant les risques pour la ressource en eau et les milieux aquatiques. On sait que les nitrates, présents dans le lisier (mélange d’urine, d’excréments de porc et des eaux de nettoyage des bâtiments d’élevage), polluent les sols et peuvent aussi, une fois rejetés en mer, favoriser le développement d’algues vertes. Le commissaire note que la zone prévue pour l’épandage est déjà classée vulnérable aux nitrates.

Sur le ruisseau la Hure, un affluent du Ciron qui prend sa source au milieu de la zone d’épandage actuelle et future, le bilan de la qualité des eaux, mesurée six fois par an sur la station de Saint-Symphorien, montre régulièrement « des teneurs en nitrates comprises entre 30 et 40 mg/l, soit proche de la limite de déclassement de la qualité des eaux de ce ruisseau », relève le commissaire enquêteur.

Il note aussi que l’extension de l’exploitation ne va pas créer d’emplois.

Pourquoi la confédération Paysanne est-elle opposée au projet ?

La Confédération Paysanne « défend une autre vision de l’agriculture que celle de l’agriculture industrielle porcine », précise Jean-Pierre Leroy, chargé de ce dossier au sein de la Confédération Paysanne. Même si la société SAS Le Lay promet que l’épandage sera mieux organisé après les travaux d’agrandissement de l’exploitation, cela ne rassure pas la Confédération Paysanne.

« L’épandage du lisier sera quand même réalisé avec des conséquences sur le Siron et la Leyre. Et la Leyre est un affluent qui se jette dans le Bassin d’Arcachon, les ostréiculteurs sont donc inquiets eux aussi », pointe Jean-Pierre Leroy. L’organisation prône une répartition des exploitations sur l’ensemble de la grande région plutôt que la constitution « d’îlots de production ». « Et, on sait que la concentration rend les animaux fragiles et accentue le recours aux antibiotiques », déplore Jean-Pierre Leroy.

Quels sont les arguments de l’exploitant ?

La société SAS Le Lay rappelle lors de l’enquête publique qu’elle est engagée dans la démarche d’indication géographique protégée (IGP) jambon de Bayonne et depuis fin 2013, pour la nouvelle IGP porc du Sud-Ouest. Elle souligne que le projet se situe dans une région à très faible densité d’élevage et que « si demain l’élevage porcin régional devait péricliter, les consommateurs seraient condamnés à acheter des viandes ou préparation de viandes d’importation, souvent en provenance de pays émergents chez qui les normes environnementales et sanitaires sont souvent inexistantes. »

La préfecture devrait trancher d’ici le 20 mars.