Tramway à Bordeaux: Ligne D, le prolongement de la discorde

TRANSPORTS Le maire de Saint-Médard réclame un prolongement de la future ligne D jusqu'à sa ville, mais le groupe EELV de la métropole et la maire du Haillan s'opposent au tracé suggéré...

Mickaël Bosredon

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Travaux de construction d'un parking barrière du Médoc pour la ligne D du tram à Bordeaux
Travaux de construction d'un parking barrière du Médoc pour la ligne D du tram à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes

Il va déposer ce jeudi une pétition signée par 5.267 « citoyens favorables à une arrivée rapide de la ligne D du tramway à Saint-Médard-en-Jalles. » Le maire de Saint-Médard, Jacques Mangon, qui a créé le collectif « Urgence Grande Ligne D », la remettra au président de la métropole Alain Juppé. « Le but est de le convaincre de placer ce projet en priorité » explique Jacques Mangon à 20Minutes.

« Son utilité a été reconnue puisqu'il est inscrit au schéma directeur d'orientation des déplacements, poursuit l'élu, mais ce qui compte c'est le calendrier. Nous sommes l'une des dernières villes de la métropole à ne pas bénéficier du tramway, alors que nous avons 30.000 habitants, et autant dans le sud-Médoc qui pourraient en profiter. »

De nombreux opposants

Problème: après de nombreux rebondissements judiciaires, les travaux de la ligne D, qui reliera la place des Quinconces à l'arrêt Cantinolle à Eysines, commencent à peine, et ne devraient pas s'achever avant 2019.

Voici le tracé actuel de la future ligne D:

Tracé de la future ligne D du tramway à Bordeaux - Bordeaux Métropole

Alors, parler d'un prolongement aujourd'hui alors que d'autres projets semblent prioritaires aux yeux d'Alain Juppé, comme celui de connecter la ligne A à l'aéroport, paraît un peu lointain. Surtout, les opposants à cette extension de la ligne D sont nombreux, en premier lieu le groupe EELV de la Métropole, et la maire du Haillan, Andréa Kiss (PS), également vice-présidente de la Métropole en charge des parcs naturels urbains.

« Cela ne peut pas se faire au détriment de la qualité de vie des habitants »

Pour cette dernière, « le tracé proposé par le maire de Saint-Médard, qui emprunterait la piste cyclable Bordeaux-Lacanau et passerait par Le Haillan, ne convient pas. Cette piste est très utilisée, et le territoire est classé Natura 2000 et périmètre naturel sensible. Le pré-projet prévoit un déplacement de la piste cyclable plus près des maisons, et des murs anti-bruit. Cela va ressembler aux voies du RER en région parisienne ! Il y aurait une levée de boucliers de tous les riverains, y compris de certains Saint-Médardais » prévient l'élue.

Andréa Kiss, qui précise « ne pas être contre une meilleure desserte de Saint-Médard » estime que cela ne peut pas se faire « au détriment de la qualité de vie des habitants de ce tronçon. » Elle préconise d'étudier d'autres pistes, comme celle d'un prolongement de la ligne A, qui s'arrête désormais au Haillan, « jusqu'aux portes de Saint-Médard. » En attendant, elle estime que « le projet actuel de ligne D, jusqu'à Eysines, conjugué à la mise en service d'un bus à haut niveau de service (BHNS) entre Bordeaux, Saint-Médard et jusqu'à Saint-Aubin-de-Médoc d'ici à 2018, est déjà largement suffisant pour la desserte de tout ce secteur. »

« Un projet mort-né » selon EELV

Cette ligne de bus à haut niveau de service, c'est « la priorité » estime pour sa part Gérard Chausset, président du groupe EELV à la Métropole, et président de la commission transports. « Faisons déjà ce bus, nous analyserons ensuite ses retombées. Quant au tracé proposé par le maire de Saint-Médard, il pose en effet beaucoup de questions, car il y aurait des impacts sur l'environnement, et il mériterait des études sérieuses qui n'ont pas encore été réalisées. Vu les oppositions, pour moi ce projet de prolongement est mort-né. »

« Le bus n'offre pas la même qualité de service »

Des arguments rejetés par Jacques Mangon. « Le bus, même à haut niveau de service, n'apporte pas le même service qu'un tramway. Quant au coût, le BHNS se chiffre à environ 100 millions d'euros, contre 44 à 60 millions d'euros pour le prolongement de la ligne D. Enfin, le fait de passer à proximité d'une zone Natura 2000, ne veut pas dire que nous n'avons le droit de rien faire, mais qu'il faut prendre des précautions, ce qui sera fait. Et ce n'est pas un projet impactant pour l'environnement. »

Selon Jacques Mangon, quelque 4.000 personnes par jour emprunteraient ce nouveau tronçon, dont 2.400 nouveaux voyageurs.