LGV Tours-Bordeaux: Les banques suspendent le financement du projet

INFRASTRUCTURES Les crédits qui devaient être versés fin novembre au concessionnaire Lisea ont été bloqués. Les banques mettent en avant des risques sur la pérennité du projet...

Mickaël Bosredon

— 

Illustration: Un TGV en circulation.
Illustration: Un TGV en circulation. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA Archives

Le concessionnaire Lisea a confirmé l'information à 20Minutes ce jeudi en début d'après-midi. Les banques créancières du chantier de la ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux, ont bloqué le versement des crédits « en raison des risques qui pèsent sur la pérennité du projet. » « Des risques pèsent sur ce projet si les engagements initiaux en terme de dessertes ne sont pas tenus » commente-t-on simplement du côté de Lisea.

Concrètement, les banques de Lisea n'ont donc pas autorisé le versement prévu à fin novembre pour financer les travaux de la ligne. Le consortium de banques de Lisea regroupe treize établissements, dont cinq français.

Lisea réclame 19 allers-retours quotidiens, le gouvernement a tranché à 16,5

La menace qui pèse sur ce projet repose sur le nombre de dessertes directes entre Bordeaux et Paris, à partir de juillet 2017, date de la mise en service de la LGV SEA (Sud-Europe Atlantique), qui mettra Bordeaux à 2h05 de la capitale. Filiale de Vinci, Lisea, société concessionnaire de la ligne pour une durée de 50 ans, estime que cette nouvelle ligne ne sera pas rentable à moins de dix-neuf allers-retours par jour. Le 29 octobre, le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies a tranché pour 16,5 allers-retours par jour. Ce qui reste insuffisant pour Lisea.

Pour générer les 250 millions d’euros annuels nécessaires à la couverture des frais, Lisea demande à l’Etat de faire pression sur la SNCF afin qu’elle porte son trafic à 19 aller-retour quotidiens Paris-Bordeaux. Dans le magazine Challenges du 13 octobre dernier, une source proche du dossier expliquait que « à la SNCF, on considère qu’il s’agit d’un pur chantage. Pourquoi serait-ce à la compagnie de prendre à sa charge les conséquences d’un contrat mal ficelé à l’origine avec des risques de trafic qui reviennent normalement au concessionnaire ? »

De leur côté, les élus, notamment Alain Juppé et Alain Rousset, souhaiteraient également 19 allers-retours. Mais le président de la région Aquitaine confiait récemment à 20Minutes qu'une entente à « 17 allers-retours quotidiens » pourrait se faire. C'était avant les annonces d'Alain Vidalies.

Un projet à 7,8 milliards d'euros

Lisea, qui finance 3,8 milliards d'euros sur ce projet à 7,8 milliards d'euros, doit se rémunérer sur des péages qu'elle fixera à chaque passage de TGV (environ 20 euros par kilomètre et par train.) La SNCF, qui avait au départ proposé 13 allers-retours quotidiens, et dont les estimations de fréquentation sont inférieures à celles de Lisea, met en avant de son côté qu'elle fera rouler des rames double étages, donc plus capacitaires, et que ces 19 navettes souhaitées ne sont pas nécessaires.

La suspension de ce paiement va donner des arguments supplémentaires à Lisea pour tenter d'obtenir gain de cause auprès de l'Etat. Elle intervient de surcroît dans un contexte où certaines collectivités locales concernées par le tracé, mais mécontentes des dessertes, ont également cessé leur participation financière...

Pour l'instant, aucune source n'a évoqué une suspension du chantier.