Attentats à Paris: Un imam Bordelais parle d'un « illettrisme religieux » à combattre

HOMMAGE L'imam de Cenon Mahmoud Doua pense qu'il est nécessaire d'apprendre les faits religieux (et non la religion) dans les écoles...

Elsa Provenzano

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Mahmoud Doua, imam à Cenon.
Mahmoud Doua, imam à Cenon. — M.Bosredon / 20 Minutes

Une foule émue de plusieurs centaines de personnes s’est rassemblée dans la cour de l’hôtel de ville de Bordeaux peu avant midi, pour observer une minute de silence, en hommage aux 129 victimes des attentats de Paris.

L’association Bordeaux Partage qui rassemble tous les représentants des cultes était présente autour d’Alain Juppé, maire de Bordeaux. « Bordeaux Partage trouve aujourd’hui sa signification et son rôle dans ce drame qui bouleverse tous les citoyens. Pour nous aujourd’hui, il s’agit simplement de montrer que nous sommes ensemble », a commenté Alain Juppé, lors d’une conférence de presse précédant la minute de silence. « La sécurité intérieure a été renforcée et il faut une coalition internationale pour éradiquer Daesh. Daesh, c’est l’oppression, la tyrannie et la France c’est la liberté », a-t-il ajouté.

Proposer « une contre-argumentation religieuse »

« Cette violence extrême est faite au nom de l’islam. Il est de notre devoir de protéger la communauté musulmane de cette instrumentation religieuse », a estimé l’imam Mahmoud Doua, présent à la réunion de Bordeaux Partage.

Un centre de déradicalisation destiné aux candidats au djihad existe depuis peu en Gironde. Educateurs, psychiatres et imams y travaillent ensemble auprès de personnes qui se sont laissées gagner par un discours littéraliste des textes et « qui sont dans la haine », précise l’imam. « Ce sont essentiellement des cas psychiatriques », assure t-il. Les cas sont signalés par les familles, les services sociaux ou la préfecture.

Le rôle de l’imam dans ce type de centre c’est de tenir « une contre-argumentation religieuse ». Le but du centre est « d’agir avant qu’ils partent dans des zones d’endoctrinement ». Il a lui même participé à quelques déradicalisations qui ont pris chacune plusieurs mois. Elles sont « difficiles » mais possibles, selon l'imam.

« Je pense qu’il faut un enseignement des faits religieux (il ne s’agit pas de religion nous n’arrêtons pas de le répéter) à l’école car il y a un illettrisme religieux », estime l’imam Mahmoud Doua.

Des imams auto-proclamés

Il a aussi pointé le problème d’imams autoproclamés, ils seraient deux ou trois en Gironde, qui s’arrogent la gestion de salles de prières et véhiculent des messages qui peuvent être basés sur des interprétations littéralistes.

Alors que Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, propose la dissolution des mosquées radicales, Alain Juppé a estimé qu'il fallait être très vigilant face « aux propos contraires à la République », rappelant que toute fermeture éventuelle relèvait de la responsabilité du préfet.

Il estime que c'est un sentiment d'incompréhension qui domine la communauté musulmane de Bordeaux après le drame qui a frappé la capitale.