Procès des écoutes Bettencourt: Plenel défend le travail de Médiapart à la barre

JUSTICE Le directeur de publication de Médiapart est prévenu dans le cadre du 4e volet de l'affaire, relatif aux enregistrements clandestins et à leur publication...

Elsa Provenzano

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Edwy Plenel, directeur de publication de Médiapart.
Edwy Plenel, directeur de publication de Médiapart. — Ugo Amez/SIPA

C’est le quatrième volet de l’affaire Bettencourt qui est jugé jusqu’à jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Edwy Plenel, directeur de publication à Médiapart est jugé pour atteinte à l’intimité de la vie privée, avec Hervé Gattegno, ex-journaliste au Point, Fabrice Lhomme, ancien journaliste à Médiapart et Fabrice Arfi, journaliste à Médiapart. Franz-Olivier Giesbert, ex directeur de publication du Point, est aussi prévenu mais absent du procès. Le majordome à l’origine des enregistrements est également sur le banc des prévenus.

Après 20 ans au journal Le Monde, Edwy Plenel a fondé un nouveau titre, Médiapart, un journal en ligne avec un accès payant et qui a diffusé des articles sur la base des enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt entre mai 2009 et mai 2010. « Ce procès va au-delà des différents titres de presse. Médiapart défend cette idée qu’il n’y a pas de démocratie vivante sans droit de savoir des citoyens », explique Edwy Plenel.

« Nous attendons beaucoup de votre décision »

Lors de son intervention à la barre, le directeur de la publication a défendu avec ferveur le travail des journalistes dans cette affaire. « Commenter la fraude fiscale ça ne fait pas avancer les choses mais rendre perceptible que certains ne sont pas contrôlés et détournent une partie de l’argent collectif, si », estime-t-il. Pour lui, de nouveaux débats ont été lancés avec l’affaire Bettencourt, sur le potentiel d’évasion fiscale, sur les micro-partis, les pressions du pouvoir sur la justice etc.

Le journaliste a interpellé le tribunal, en espérant un jugement clément : « La loi de 1881 (sur la liberté de la presse) c’est notre code de la route et vous êtes l’arbitre de notre conduite. Nous attendons beaucoup de votre décision. Dans des moments troublés, ce n’est pas le moment de restreindre la liberté de savoir des citoyens ».

« Mettre fin à l’entre soi »

Il prend des exemples où le secret défense a été violé mais où la publication a permis de montrer qu’il était indu. « Quand Fabrice Arfi écoute les enregistrements, il découvre le bal des vautours, il fallait mettre sur la scène des choses qu’on ne voulait pas voir », estime-t-il. Il rappelle que beaucoup d’éléments ont été mis de côté, justement par respect de l’intimité, et dans le seul souci de révéler des éléments revêtant un intérêt pour le public.

Selon lui, c’était le devoir des journalistes de « mettre fin à l’entre soi ». Il rend hommage à l’ancien maître d’hôtel Pascal Bonnefoy. « Ce ne sont pas nous qui prenons des risques mais nos sources. »