Bettencourt: « Un procès contre l'essence démocratique du journalisme », selon Arfi

JUSTICE Le journaliste de Médiapart comparait pour avoir écrit des articles basés sur le contenu des enregistrements clandestins à l'origine de l'affaire...

Elsa Provenzano

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Fabrice Arfi au centre de la photo, travaille à Médiapart depuis 2008.
Fabrice Arfi au centre de la photo, travaille à Médiapart depuis 2008. — E.Provenzano / 20 Minutes

Fabrice Arfi a travaillé pour divers titres de 99 à 2008 et depuis cette date, il travaille à Médiapart, où il coordonne les enquêtes. Il est jugé jusqu’à jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, pour atteinte à l’intimité de la vie privée avec quatre autres journalistes et le majordome de Liliane Bettencourt, à l’origine des enregistrements clandestins qui ont déclenché cette affaire.

« Nous avons fait notre travail de recoupement et de vérification et respecté le débat contradictoire en contactant tous les noms cités dans les enregistrements. Peu nous ont répondu », explique Fabrice Arfi à la barre. Il a épluché 21 heures d’enregistrements dans une chambre d’hôtel à Naples où il avait rejoint son épouse, journaliste aussi, qui traitait un sujet en Italie.

« Parfois je me suis senti comme un passager clandestin, quand je lisais des informations qui ne nous concernaient pas. Mais il y a aussi des informations publiques, et cela aurait été un crime journalistique de ne pas rendre publique des éléments relevant de fraudes et d’impunité fiscales », détaille-t-il.

Le droit de la presse contourné

« Je ne comprends pas ce que nous faisons ici. La loi 1881 est la loi générique pour le fonctionnement du journalisme et toutes les autres attaques relèvent d’un contournement du droit de la presse. On n’est pas poursuivi pour diffamation. On a contourné le droit de la presse pour mettre fin à des publications insupportables, pour censurer », s’insurge le journaliste.

Il a aussi pointé le fait qu’aucun élément concret sur le contenu n’est reproché aux journalistes qui sont prévenus. « Qu’est-ce qui relève de la vie privée dans ce qu’on a écrit ? Quels sont les mots ? Quelles sont les lignes ? Je suis prêt à défendre la moindre virgule mais ce n’est pas un débat sur le contenu ici mais sur l’origine. », s’emporte-t-il.

« Nous devons être les chiens de garde de la démocratie »

« Précisément, notre travail consiste à avoir des informations auprès de personnes qui ne sont pas censées les donner, c’est pour ça qu’il existe la protection des sources. Sinon, on est la courroie de transmission d’informations complaisantes or nous devons être les chiens de garde de la démocratie. Nous avons le devoir de parfois choquer l’Etat et des fractions de la population. Et c’est ce que nous avons fait avec l’affaire Bettencourt. Je considère que c’est un procès contre l’essence démocratique du journalisme », explique le journaliste.

Il estime que les parties civiles ont bénéficié du travail des journalistes puisque les informations révélées, parce qu’elles ont été triées et hiérarchisées par les journalistes, auraient permis de protéger Liliane Bettencourt, aujourd’hui sous tutelle et représentée par les avocats de son tuteur Olivier Pelat, maîtres Benoît Ducos Ader et Arnaud Dupin.

« Je ne vois pas comment vous protégez Liliane Bettencourt quand vous parlez de fraude fiscale », lance maître Arnaud Dupin. « C’est une victime mais c’est aussi celle qui détient des comptes non déclarés en Suisse, par l’entremise de son gestionnaire de fortune. Moi je ne défends pas d’intérêts particuliers, j’informe le public. »