Affaire Bettencourt: «Nous n'avons rien à faire là» estime Fabrice Arfi de Mediapart devant le tribunal

JUSTICE Mediapart et Le Point comparaissent à Bordeaux pour avoir divulgué des enregistrements réalisés clandestinement chez Liliane Bettencourt...

Mickaël Bosredon

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Pascal Bonnefoy (2eG) entouré de Edwy Plenel, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, le 3 novembre 2015 au tribunal à Bordeaux
Pascal Bonnefoy (2eG) entouré de Edwy Plenel, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, le 3 novembre 2015 au tribunal à Bordeaux — JEAN-PIERRE MULLER AFP

C'est un volet de plus de la tentaculaire affaire Bettencourt qui s'est ouvert ce mardi matin devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Cinq journalistes sont poursuivis pour la détention et publication d'enregistrements clandestins dans le cadre de cette affaire.

Les journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme et du Point Hervé Gattegno, ainsi que les directeurs de publication des deux médias, Edwy Plenel et à l'époque Franz-Olivier Giesbert, comparaissent pour « détention et diffusion de documents portant atteinte à l'intimité de la vie privée », en compagnie de l'auteur des enregistrements, l'ex-majordome de Liliane Bettencourt, Pascal Bonnefoy.

Ces enregistrements réalisés clandestinement entre mai 2009 et mai 2010 au domicile de la milliardaire avaient transformé un simple conflit de famille en une affaire d'Etat, autour d'opérations financières destinées à échapper au fisc, d'immixtions de l'Elysée dans la procédure pour abus de faiblesse, de soupçons de financement illicite de parti politique...

« Nous n'avons rien à faire là » a estimé à son arrivée au tribunal ce mardi Fabrice Arfi. Malgré quelques problèmes, et l'absence de Franz-Olivier Giesbert, le procès s'est bien ouvert:

« Une attaque contre le journalisme lui-même » estime Fabrice Arfi

Dans une conférence de presse, Fabrice Arfi a affirmé « l'enjeu absolument fondamental de ce procès que nous ne prenons pas comme une attaque contre des journalistes mais contre le journalisme lui-même, contre son essence démocratique, son principe citoyen. »

« C'est le propre de notre métier que d'obtenir des informations auprès de gens qui ne sont pas censés nous les donner. C'est pour ça qu'il existe le secret des sources », a-t-il expliqué. « Si le tribunal de Bordeaux devait condamner, alors ce serait une forme d'esprit de la censure contre la liberté d'informer et le droit de savoir des citoyens qui serait installée. »

« Nous sommes poursuivis pour avoir publié des informations jugées comme des preuves par la justice »

Edwy Plenel a, lui, pointé « une triple aberration logique, juridique, démocratique » dans ces accusations. « Une aberration logique puisque nous sommes poursuivis pour avoir publié des informations qui ont été jugées factuellement crédibles, comme des preuves par la justice pour entrer en voie de condamnation (dans un autre volet de l'affaire). Ce qui serait une preuve pour la justice ne pourrait pas être une information pour la presse ? », a-t-il interrogé.

« C'est une aberration juridique car le parquet nous poursuit avec la partie civile, c'est-à-dire madame Bettencourt. » Or, « nos révélations ont permis que madame Bettencourt et sa famille se retrouvent protégés de ceux qui voulaient les dépouiller », a-t-il rappelé.

« Et c'est une aberration démocratique car tous les syndicats de journalistes et associations de défense des droits de l'homme ont répété que les poursuites contre des journalistes au prétexte de recel sont des contournements de la loi fondamentale sur la liberté de la presse. »