Viande et charcuterie cancérogènes: Les bouchers d'Aquitaine en colère

SANTE Le rapport de l'OMS sur les risques de cancer liés à la consommation de viande rouge et de charcuterie soulève un tollé chez les professionnels de la région...

Mickaël Bosredon
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De la viande de porc bio entièrement produite dans le Nord-Pas-de-Calais.
De la viande de porc bio entièrement produite dans le Nord-Pas-de-Calais. — M.Libert / 20 Minutes

Forcément, ils défendent leur bifteck. Bouchers, charcutiers, producteurs… sont vent debout en Aquitaine depuis la publication, lundi, d’un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) affirmant que la consommation de charcuterie est cancérogène, la viande rouge « probablement aussi. » Sur la terre du poulet fermier des Landes, du jambon de Bayonne, du boeuf de Bazas ou de la Blonde d’Aquitaine, ce rapport reste en travers de la gorge.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), à l’origine de l’évaluation, se fonde sur 800 études. Le porc est inclus par le CIRC dans les viandes rouges au même titre que le boeuf, le veau, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre. Selon des données provenant d’une dizaine d’études, « chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée tous les jours augmente le risque de cancer colorectal de 18 % », tandis que le risque de cancer colorectal pourrait augmenter de 17 % pour chaque portion de 100 grammes de viande rouge consommée par jour.

« Une bombe qui risque de fragiliser les petites entreprises »

« Ce rapport est débile, s’enflamme Séverine Moussa, employée à la boucherie-charcuterie Larrazet à Arsac dans le Médoc, spécialisée dans les produits locaux. On sait que la charcuterie ou la viande grillée consommées à outrance peuvent avoir des conséquences sur la santé. Mais je ne connais personne qui mange 1kg de viande par jour. C’est une bombe qui a été lâchée comme ça, et qui risque de fragiliser encore plus des entreprises déjà dans la difficulté. Heureusement, nous nous en remettons à l’intelligence de nos clients, qui savent qu’on leur propose des produits de qualité. »

Pour le moment, « personne ne nous en a encore parlé, poursuit l’employée, ce n’est tout de même pas de l’ampleur d’une crise sanitaire comme celle de la vache folle ou de la viande de cheval… Et à deux mois des fêtes, je doute que les consommateurs se rabattent subitement sur les carottes ou les navets. »

« Il vaut mieux insister sur la qualité des produits »

Thierry Guiot, patron de la boucherie-charcuterie A la bonne adresse à Pessac, estime que ce rapport, « c’est de la fumisterie. » « Sur quelle base se sont-ils appuyés pour dire cela ? Je pense qu’il vaut mieux insister sur la qualité des produits, que d’alarmer pour rien la population. Nous, nous travaillons directement avec les producteurs locaux, et tout est une question d’équilibre dans sa consommation. »

« Tous les ans il y a une étude qui tombe pour déstabiliser le marché de la viande, s’agace de son côté Mathieu Reboule, employé à La boucherie artisanale à Arveyres. Nos anciens consommaient aussi de la viande, et même plus qu’à notre époque, et ce n’est pas ce qui les a tués. Pour l’instant, personne ne nous en parle, je pense qu’en petite boucherie, nous serons épargnés, parce que nos clients ont confiance en nous et ils savent qu’on met en avant les produits locaux. On oublie de dire dans cette étude que la viande rouge a aussi des bienfaits, notamment dans les apports en fer. »

Consommation de viande en baisse en France

La consommation de viande en France est en baisse régulière depuis une dizaine d’années. Pour les viandes de boucherie (c’est-à-dire le bœuf, le veau, l’agneau, le porc frais et la viande chevaline), les niveaux sont passés de 58 à 52.5 g/j/personne entre 2007 et 2013, ce qui porte actuellement la consommation moyenne hebdomadaire à environ 370 g soit 3 à 4 portions par semaine.

Il est conseillé de limiter sa consommation de viande rouge à moins de 500 g par semaine, notamment pour la prévention du cancer colorectal.