LGV Bordeaux-Paris: «Nous sommes proches d'un accord pour 17 allers-retours quotidiens»

INTERVIEW Le président du conseil régional d'Aquitaine Alain Rousset annonce que les pourparlers avec la SNCF concernant la desserte de la future LGV avancent. Il revient également sur le drame de Puisseguin...

Mickaël Bosredon

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Portrait du président de la région Aquitaine, Alain Rousset. Photo : Sebastien Ortola
Portrait du président de la région Aquitaine, Alain Rousset. Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

Candidat de la gauche aux élections pour la future grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Alain Rousset (PS) fait le point pour 20Minutes sur le drame de Puisseguin et le dossier de la LGV (Ligne à grande vitesse.)

Vous reprenez votre campagne ce lundi après l’avoir suspendue trois jours à la suite du dramatique accident de Puisseguin. Quelle analyse tirez-vous de cette catastrophe ?

L’heure est à partager le deuil. Après, il faudra analyser. Dans cet accident, quand on regarde la position du camion et celle du car, on voit bien que le camion n’est pas sur sa voie, et qu’il y a donc dû y avoir un problème de vitesse. La France est le pays qui a le plus de voiries locales en Europe, donc il faudra réfléchir à ralentir la vitesse. Par des panneaux, ou par des technologies innovantes qui empêchent le véhicule de rouler au-delà de la vitesse autorisée. En revanche, il sera impossible de couper tous les virages de toutes les routes de France. On ne supprimera pas tous les risques.

Sur le dossier brûlant de la LGV, le financement de la partie Tours-Bordeaux est-il réellement menacé, comme l’affirme le concessionnaire Lisea ?

Je ne pense pas qu’il y ait de réelle menace. Le vrai sujet, ce sont les dessertes. Nous sommes sur la bonne voie pour obtenir dix-sept allers-retours Bordeaux-Paris par jour - nous venons tout juste d’avoir un accord pour 16,5. Mais il faut aussi construire des horaires cohérents avec les TER qui arrivent de Marmande, Mont-de-Marsan, Périgueux… notamment entre 6h30 et 7h du matin. Pour cela, il faut un TGV qui parte de Bordeaux à 7h pour aller à Paris. C’est de cela dont nous discutons actuellement.

Il y a également le débat du prolongement de cette LGV vers Toulouse et Dax, qui suscite beaucoup de critiques, notamment en raison du coût et des dégâts environnementaux…

Il peut y avoir un débat sur le tracé, mais sur le plan de l’intérêt général, je ne comprends pas les oppositions. Les infrastructures en Aquitaine datent de la fin du 19ème siècle. Si l’on veut un développement des transports collectifs, si l’on veut sortir les camions de l’ancienne Nationale 10, cela passe par une nouvelle voie SNCF. On ne prend pas assez en compte cet argument, ni celui de la sécurité : plus on fera passer de trains sur la même ligne, plus ses voies seront sollicitées…

Les opposants estiment aussi que les gains de temps grâce à cette nouvelle voie ne seraient pas si énormes que cela…

Il faut tout de même regarder ce que cela représenterait dans notre relation à l’Espagne. Aujourd’hui il faut 8 heures pour relier Bordeaux à Bilbao en train, la nouvelle LGV ferait passer ce trajet à 1h40 ! Madrid il faut 12h à 14h, demain il faudra 4h40. La vraie révolution des temps c’est vers le sud.

Sur le tracé, il y a une polémique concernant l’impact sur les vins de sauternes. Ce tracé peut-il être revu ?

Nous avons fait faire une étude par des cabinets extérieurs qui montrent que cette crainte n’a aucun sens. Un viaduc ne va pas empêcher la brume du ciron de se former. Ce sont des rumeurs. J’irai à la rencontre des viticulteurs, je vais les entendre – même si ce n’est pas le conseil régional qui est maître d’ouvrage – mais il ne faut pas tout arrêter, car demain, l’étalement urbain rendra impossible toute construction. Et on peut reprocher beaucoup de choses à la SNCF, sauf une indemnisation correcte des terrains affectés à la ligne.

La région a investi dans les TER ces dernières années, pourtant les plaintes des usagers concernant les retards sont toujours aussi nombreuses. Pourquoi ?

50 % des retards sont dus aux travaux. On rénove tout : les voies, les gares, certains passages à niveaux… Le reste, c’est la mauvaise organisation de la SNCF. Le problème est que la SNCF n’est en concurrence avec personne, et donc n’est pas amenée à se moderniser. Par exemple, elle va abandonner les trains de nuit, or notre pays en a besoin. Suite à la loi Macron, elle développe des cars pour concurrencer ses propres TER, dont nous, les régions, finançons le déficit… La SNCF est une vraie boîte noire au niveau de l’organisation.