Bordeaux: Une hydrolienne sur la Garonne vient de produire ses premiers kilowatts

ENERGIE Le démonstrateur H3 de la société bordelaise Hydrotube a passé avec succès ses premiers tests...

Mickaël Bosredon

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L'hydrolienne H3 de la société Hydrotube Energie, posée sur la Garonne
L'hydrolienne H3 de la société Hydrotube Energie, posée sur la Garonne — HYDROTUBE ENERGIE

C’était son premier test grandeur nature. Et ses concepteurs sont ravis des résultats. L’hydrolienne H3, un démonstrateur de la société bordelaise Hydrotube Energie, vient de passer deux mois dans la Garonne à Bordeaux pour une série de tests. « Avec un courant de deux mètres par seconde, nous avons réussi à produire 20 kW en puissance maximale, ce qui est légèrement supérieur à ce que nous espérions » se félicite Samuel Lauret, de la société Hydrotube. Sur une année, cela représenterait la consommation électrique de douze Bordelais.

Mais il n’y a pas que la puissance qu’Hydrotube souhaitait mesurer. « La Garonne est un fleuve qui charrie beaucoup d’objets, notamment d’imposants troncs d’arbres, il fallait aussi tester la résistance de la machine » poursuit Samuel Lauret. D’autant que la H3 est une hydrolienne flottante, avec une partie immergée. Sur ce point, la société est aussi rassurée : aucun dégât n’a été constaté.

Objectif : Une ferme d’hydroliennes

« Cela fait deux ans que notre bureau d’études travaille pour définir le bon profil d’hélice, l’étanchéité, etc... Voir qu’elle tient l’eau et que notre courbe de production est plus importante que prévue est un vrai soulagement, surtout dans un domaine ultra-innovateur comme celui-là. »

L’objectif d’Hydrotube est maintenant de relier sa machine au réseau électrique pour réellement produire de l’électricité, car celle fabriquée par le démonstrateur a été « brûlée. » Cela devrait se faire lors du lancement du projet bordelais Seeneoh, un site d’expérimentation d’hydroliennes fluviales unique au monde, qui sera installé d’ici à quelques mois sur la Garonne, en aval du pont de Pierre. « Seeneoh nous permettra d’accrocher le réseau ERDF. L’étape suivante, si tout se passe bien, sera d’installer une ferme d’hydroliennes, en Gironde ou directement en Afrique. »

En Afrique, une hydrolienne couvrirait la consommation de 400 foyers

Car l’Afrique de l’Ouest est le marché visé par Hydrotube. « C’est un marché difficile à pénétrer mais nous multiplions les contacts sur place. Au Congo, la vitesse des fleuves est beaucoup plus importante (plus de 3 mètres/seconde) que celle de la Garonne, ce qui permet d’envisager une production de 60 kW. Et la consommation électrique des habitants est bien moindre qu’en France : Un Congolais dépense 55 kW/an, contre 6.000 pour un Français. On comprend donc l’utilité de nos machines pour les pays en voie de développement » explique Samuel Lauret. Une hydrolienne utilisée 8.000 heures par an permettrait d’alimenter 400 foyers en Afrique de l'Ouest.

Contrairement à d’autres entreprises, Hydrotube développe un projet d’hydrolienne essentiellement flottante. Seule une petite partie est immergée. « Si pour installer une hydrolienne il faut couler plusieurs mètres cubes de béton afin de l’accrocher, ce n’est pas très renouvelable » considère Samuel Lauret. « De même, notre objectif est d’utiliser le moins de câblage possible pour le raccordement au réseau : moins le kW parcourt de kilomètres, moins il dépense de CO2. »

150.000 euros pièce

La H3 est développée en partenariat avec le chantier CNB (Construction navale de Bordeaux) et l’entreprise Balineau (filiale de Vinci.) Le projet est soutenu financièrement par le Conseil régional d’Aquitaine.

Hydrotube vise une fabrication industrielle (à raison de dix machines par an) d’ici à 2017, et le prix de l’engin devrait tourner aux alentours des 150.000 euros.