Coupe du monde de rugby: «Tu te dis que ce n'est pas possible, ils vont revenir», se souvient Ntamack vainqueur des Blacks en 1999

RUGBY L'actuel coach des arrières de Bordeaux-Bègles a battu les Blacks en Coupe du monde en 1999...

A Bègles, propos recueillis par Marc Nouaux

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Bordeaux, le 6 juillet 2015: Emile Ntamack, le nouvel entraîneur des arrières de l'UBB.
Bordeaux, le 6 juillet 2015: Emile Ntamack, le nouvel entraîneur des arrières de l'UBB. — Marc Nouaux / 20 Minutes

Emile Ntamack a déjà battu les Blacks en Coupe du Monde. C’était en 1999 en tant que joueur. L’actuel entraîneur des arrières de Bordeaux-Bègles, présent dans le staff lors de la défaite en finale face à la Nouvelle-Zélande en 2011, nous fait partager son expérience.

Comment sentez-vous les Bleus ?

Comme toute équipe de France qui est au pied du mur. Soit on gagne le billet soit on rentre à la maison le lendemain. On sait que dans ces circonstances-là, d’autres équipes de France ont trouvé les ressources pour se sublimer, ce qu’il faudra car on sait très bien le niveau des All-Blacks qui nous sont supérieurs. La solution est en interne, elle viendra du groupe, de ce qu’ils ont envie de vivre ou pas. Qu’ils n’aient pas de regrets à la fin de ce match et qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes car il faudra vivre avec après.

Personnellement, vous croyez à un exploit ?

Pour l’avoir vécu, on doit se foutre complètement des gens qui y croient ou pas. S’il y en a qui doivent y croire, c’est le groupe. Qu’il y aient 20 % de gens qui y croit et les autres non, ce n’est pas leur problème. Moi, j’y crois pour l’avoir vécu aussi, même s’il y a une chance infime, il faut savoir la saisir.

En 1999 vous êtes vous appuyé sur ce type de leviers ?

Non, pas du tout. On voulait simplement sortir dignes d’être un joueur de rugby. C’est tout ce que l’on s’était dit. Personne ne s’était projeté sur une victoire en se disant que stratégiquement on était meilleur. Forcément, on avait un plan de route mais on sait très bien qu’eux ont les munitions et les armes pour être supérieur. On voulait simplement pouvoir se regarder à la fin avec la tête haute.

L’exploit, on le sent venir sur le terrain ?

On sent qu’on rivalise, que l’on n’est pas loin, que l’on peut leur poser des problèmes… Si je me souviens bien, en 1999 et en 2007, il y avait déjà une différence à la mi-temps, on sent que les blacks sont supérieurs mais le tout c’est de rester en vie et de s’accrocher. Si on prend encore des points, on s’accroche et on se dit ça jusqu’au bout. Et finalement l’écart s’amenuise, et puis des fois tu commences à y croire mais tu ne réalises pas, tu te dis, ‘ce n’est pas possible, ce sont les blacks, ils vont revenir !’ Et tant que l’arbitre n’a pas sifflé, tu continues, tu t’accroches à ça.

Ça vous énerve d’entendre qu’il faudra un miracle pour les Bleus et qu’ils vont se faire laminer ?

C’est ce qu’on disait de nous aussi avant mais c’est pour ça que ça devient un exploit car une majorité n’y croit pas. Si exploit il y a, ils auront le mérite de l’avoir fait et si ça ne se passe pas comme ça, si tu as été digne, quelle injure de perdre contre les all-blacks ? Tout dépendra de leur comportement.

C’est un contexte qui ressemble à celui que vous avez connu dans le staff en 2011 ?

Pas qu’en 2011 ! On l’a connu aussi en tant que joueur, on donnait pas cher de notre peau en 1999. Beaucoup d’ondes négatives autour, je pense aux garçons qui souffrent en silence mais il n’y a pas à chercher de bouée de sauvetage à l’extérieur. Qui fera bouger les choses à part eux ?