Gironde: Les viticulteurs craignent «la mort» du sauternes à cause de la LGV

ENVIRONNEMENT Le projet de ligne à grande vitesse vers Dax et Toulouse depuis Bordeaux menacerait les 2.000 hectares de cette appellation...

Mickaël Bosredon

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Vendanges dans les Sauternes en 2013
Vendanges dans les Sauternes en 2013 — S.ORTOLA/20MINUTES

C’est d’un air maussade que les 170 propriétaires de l’AOC Sauternes et Barsac, en Gironde, débutent la récolte du millésime 2015. Les viticulteurs, qui commencent tout juste leurs vendanges, ont appris vendredi que le ministre des Transports, Alain Vidalies, donnait son feu vert aux projets de Ligne à grande vitesse (LGV) vers Toulouse et Dax au départ de Bordeaux, malgré l’avis négatif rendu en début d’année par la commission d’enquête publique.

Le ministre a confirmé à Alain Rousset, président de la région Aquitaine et tête de liste PS aux prochaines élections régionales les 6 et 13 décembre prochains, qu’il allait signer la DUP (Déclaration d’utilité publique) de l’ensemble du projet surnommé GPSO (Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest). Un projet défendu depuis des années par Alain Rousset, mais aussi par Alain Juppé et plusieurs acteurs économiques de la région. Mais contesté par certains élus locaux, et plusieurs associations environnementales.

Les viticulteurs de Sauternes et Barsac étaient eux aussi montés au front ces derniers mois. Le tracé de la LGV prévoit en effet de traverser la vallée du Ciron, ce qui signifierait, selon eux, « la mort » de leur appellation.

« Un vin unique au monde »

« Nous sommes effondrés » a confié à 20 Minutes Stéphane Wagrez, responsable de la commission promotion de l’appellation. « Tout indiquait que ce projet n’était pas approprié, et beaucoup de choses nous laissaient espérer qu’il ne se ferait pas, mais le gouvernement est passé outre tous les avis négatifs » déplore le gérant du château La Bouade, à Barsac.

« La ligne à grande vitesse ne traversera pas directement l’aire de l’AOC Sauternes, mais elle va passer par la vallée du Ciron et couper ses différents cours d’eau, qui sont nécessaires à la fabrication du sauternes, un vin particulier et unique au monde. »

« Nous ne ferons plus que vin blanc sucré, plus du Sauternes »

Protégés par la forêt, ces cours d’eau ont une température moins élevée que celle de la Garonne, ce qui favorise, en automne, la formation d’un brouillard matinal. Un micro-climat qui permet au champignon botrytis, appelé aussi pourriture noble, de se développer sur les baies au mois de septembre. Le raisin perd alors son eau par évaporation et se concentre en sucre ; c’est à partir de là que l’on produit ces vins liquoreux si particuliers.

« Si on touche à cette vallée, ce brouillard ne se formera plus, explique Stéphane Wagrez. Alors, nous ferons toujours du vin, mais ce sera juste un vin blanc sucré, et il n’y aura plus cette fraîcheur aromatique propre aux sauternes. »

Une annonce en pleines vendanges

Remontés, les viticulteurs vont cependant avoir du mal à se mobiliser immédiatement. « Nous venons juste de débuter la récolte, et à partir de la semaine prochaine ça va être le coup de feu. L’annonce du gouvernement, prévue en juin, tombe finalement en pleines vendanges… Mais nous sommes décidés à étudier toutes les alternatives possibles pour contrer ce projet » soutient Stéphane Wagrez.

De son côté, SNCF Réseau, dans un rapport remis le 30 juillet, indique avoir mandaté trois bureaux d'étude spécialisés pour mener une expertise agro-climatique, et que ces experts ont conclu à « l'absence d'impact prévisible sur les AOC Sauternes et Barsac. »

D’un coût estimé à 9 milliards d’euros, cette LGV, prévue pour 2024 vers Toulouse et 2027 vers Dax, permettrait notamment un gain de temps d’une heure entre Bordeaux et Toulouse.