« Une transformation s'annonçait »

©2007 20 minutes

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Sandrine Rui

Coauteur de Sociologie

de Bordeaux (La Découverte),

Maître de conférence

à Bordeaux-2.

Ce livre est signé

Emile Victoire... Qui est-ce ?

C'est un pseudonyme. Il évoque, entre autres, la faculté de sociologie de Bordeaux, place de la Victoire. Cette « photo » de la sociologie du Bordeaux contemporain a été réalisée par un collectif de sept universitaires.

Comment définir

le « nouveau Bordelais » ?

Plusieurs mutations sont à prendre en compte, notamment au niveau économique. Aujourd'hui, le port et le vin ne sont plus les éléments déterminants, même si les anciennes dynasties restent. La fonction publique, les services et les industries de haute technologie occupent une place très importante dans l'agglomération. La classe moyenne pèse très lourd.

La prospérité de la ville

s'en ressent-elle ?

Oui, l'agglomération est plus riche, plus instruite, mais des poches de précarité importantes subsistent. En particulier à Bordeaux, où le nombre de RMistes est plus élevé que la moyenne nationale. Les groupes sociaux se répartissent différemment dans l'espace. Au centre-ville se trouve le reste de la bourgeoisie traditionnelle, la nouvelle bourgeoisie intellectuelle dite « bobo » et les catégories populaires. Les classes moyennes vivent plutôt à l'Ouest et les classes populaires à l'Est. Au-delà de la rocade, c'est le royaume des classes moyennes supérieures.

Est-ce un schéma classique ?

Cest le modèle de la ville américaine qui s'étale, avec des classes aisées qui s'éloignent. La voiture joue un grand rôle. Mais on note un déséquilibre : à l'Ouest de l'agglomération, l'économie est plus développée et les catégories populaires de l'Est sont très dépendantes des transports pour accéder à ces zones d'emplois.

Aux dernières élections, Bordeaux a glissé à gauche. Est-ce une tendance lourde ?

L'électorat de la ville-centre s'est montré imprévisible. Mais une transformation du vote s'annonçait : les scores de Juppé aux municipales n'étaient pas aussi élevés que ceux de Chaban-Delmas auparavant. La nouvelle bourgeoisie intellectuelle vote à gauche ou MoDem et a fait pencher la balance.

Le rajeunissement de la ville est-il un autre facteur ?

Bordeaux est une ville jeune, qui compte 70 000 étudiants. Avec le réaménagement du centre-ville initié par Alain Juppé, les jeunes couples s'installent. Cruelle ironie pour le maire, car ce n'est pas forcément son électorat...

Un maire de gauche

peut-il être élu en 2008 ?

C'est très crédible. Sous Chaban, c'était inimaginable. Le « pacte de Bordeaux » le protégeait dans ses fonctions : « à Chaban, le centre et à la gauche, la périphérie... » C'est ce qui explique l'échec de tous les candidats PS à la mairie. La nouvelle génération d'élus de gauche change la donne. Alain Rousset est un concurrent crédible face à Alain Juppé.