Gironde: Réunion sur les liens entre cancers d'enfants et pesticides ce mercredi, à Preignac

SANTE Un rapport a été rendu cet été par l'agence régionale de santé et l'institut de veille sanitaire sur un excès de cancers pédiatriques dans une petite commune viticole du département...

Elsa Provenzano

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Un épandage dans des vignes bordelaises. 
 
Un épandage dans des vignes bordelaises.   — S.Ortola / 20 minutes

Preignac est une commune de 2.000 habitants située dans le vignoble du Sauternais qui fait beaucoup parler d’elle depuis la publication d’un rapport sur une suspicion d’excès de cancers chez les enfants, en lien avec les pesticides utilisés pour traiter les vignes. L’agence régionale de santé (ARS) a sollicité l’institut de veille sanitaire (Invs) qui a publié ce rapport le 5 août dernier et une réunion est organisée ce mercredi à la mairie pour en tirer des conclusions.

L’ex-maire a tiré la sonnette d’alarme

Fin 2012, Jean-Pierre Manceau, le maire de Preignac à l’époque, s’est tourné vers l’agence régionale de santé (ARS) car une enseignante venait de lui faire part de son inquiétude après avoir constaté trois cas de cancer parmi les élèves de l’école. « Deux ans se sont écoulés entre le moment où le rapport a été terminé et le moment où il a été publié, un 5 août, en pleines vacances. Cela pose des questions… », estime Jean-Pierre Manceau, aujourd’hui conseiller municipal d’opposition à Preignac. L’Invs assure de son côté avoir rendu son rapport à l’édile dès 2013.

«  On ne peut démontrer le lien »

« Si l’on ne peut écarter l’absence d’excès de cas de cancer sur Preignac ou sa zone, celui-ci reste faible et ne concerne pas un type de cancer spécifique. Les méthodes épidémiologiques ne permettent pas de savoir si cet excès est lié à une fluctuation aléatoire des maladies (pouvant être compensée par un déficit dans les années à venir) ou si cet excès est véritablement lié à un facteur de risque environnemental commun », écrivent les spécialistes dans ce rapport. « On n’est pas en capacité de démontrer le lien entre cancers et pesticides, on ne peut pas le faire sur de petits effectifs. Mais les pesticides sont clairement documentés comme un facteur de risque et c’est la raison pour laquelle nous recommandons des actions pour limiter l’exposition des enfants », explique Patrick Rolland le responsable de la Cire Aquitaine, cellule de l’institut national de veille sanitaire en région Aquitaine.

« On sent la volonté de ne pas en tirer de conclusion concrète »

« 'Si l’on prend en compte tous les types de cancer, 4 cas ont été observés de 1999 à 2012 , contre 0,8 attendu', lit-on dans le rapport. Un facteur 5, ce n’est pas négligeable ! » pointe Jean-Pierre Manceau qui était ingénieur hygiène et sécurité à l’université de Bordeaux 3. « On parle d’un excès de cas car 0,8 représente la moyenne nationale mais il faut l’interpréter avec prudence car ce sont de petits effectifs », avertit Patrick Rolland.

« A la lecture du rapport, on sent la volonté de ne pas en tirer de conclusion concrète », estime de son côté Marie-Lys Bibeyran, militante anti-pesticides, membre de Générations futures. « Une grande partie de la commune travaille dans le domaine de la viticulture, soit 35 % des actifs. Au-delà de la crainte de perdre son emploi, bien légitime, on peut se demander s’il n’y a pas des pressions exercées sur ces employés ? » lance t-elle. L’ancien maire de la commune n’hésite pas à parler d'« omerta » sur le sujet et à faire le parallèle avec l’amiante.

Des enquêtes plus larges souhaitées

La militante anti-pesticides demande à ce que les viticulteurs qui possèdent des vignes près des lieux sensibles, comme les écoles, ne traitent qu’en bio et en dehors des horaires scolaires. Elle pointe aussi la nécessité d’une enquête d’envergure pour répertorier les cas de cancers pédiatriques dans les communes viticoles de France afin de les comparer avec ceux de communes non viticoles. Jean-Pierre Manceau appelle de ses vœux une étude sur les cancers chez l’adulte.

Ce qui est « rassurant », souligne Patrick Rolland c’est qu’il n’y a pas eu de nouveaux cas de cancer pédiatrique repéré depuis le début de l’étude, fin 2012.

Le maire actuel de Preignac n’a pas répondu à ce jour, à nos sollicitations d’interviews.

>>> Lire aussi l’article sur les enfants d’une école de Villeneuve tombés malades après un épandage près de leur établissement.