« Ils revendiquent leur statut »

©2007 20 minutes

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François Chobeaux

Directeur départemental

des politiques et des pratiques sociales aux Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (Cemea) d'Aquitaine.

Quel est l'objectif

de cette journée ?

Il y a une volonté croissante de trouver des réponses pour ces jeunes. Le sujet est étudié depuis quelques années dans le département. Il y a un an, une action dans le centre-ville de Bordeaux a été mise en place par la ville, le conseil général et la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass). Il s'agit de créer un réseau pour faire accélérer les choses.

Quel est le profil

de ces marginaux ?

Ce phénomène a explosé vers 1995. Initialement, il s'agissait d'hommes issus de familles d'ouvriers ou d'employés et dont les frères et soeurs ont suivi le même chemin que les parents. Pour la personne qui s'est marginalisée, on pense qu'il y a eu un problème de maturation psychologique, et dans 30 %

des cas, ces jeunes ont eu un suivi social pendant l'enfance. Aujourd'hui, ce mode de vie touche aussi des lycéens et des étudiants. Et surtout, beaucoup plus de filles, puisqu'on en compte 40 %. Par ailleurs, il y a un rajeunissement de ces personnes, qui ont parfois 16 ou 18 ans. Pour certains, il s'agit d'une marginalité active et pour d'autres, c'est un décrochage au niveau social.

A-t-on une idée du nombre de jeunes dans cette situation ?

Les jeunes en errance ne sont pas identifiés. Les seules statistiques nationales que nous ayons remontent à 2002 et sont issues d'une étude sur les sans domicile fixe. En 1995-96, on les évaluait à 10 000, aujourd'hui, ce chiffre a pu être multiplié par cinq, six, sept ou huit.

Leur accompagnement

est-il difficile ?

Oui, car ils revendiquent leur statut, ils l'ont choisi. Ils n'ont rien à voir avec les clochards ou les jeunes de l'Europe de l'Est que l'on rencontre. L'idée du choix est très présente. D'ailleurs, ils ne demandent pas d'aide.

Certains parviennent-ils

à s'en sortir ?

On ne sait pas où en sont ceux qui s'en sortent, car ils retournent dans l'anonymat. Mais s'ils vivent cette phase d'errance comme une expérimentation, ils peuvent rebondir et s'en trouver enrichis.

Qu'est-ce qui peut faire office de facteur déclencheur ?

L'envie de se mettre en couple et d'avoir des enfants, le décès d'amis ou le fait de ne plus en pouvoir.

Comment prévenir

le décrochage de ces jeunes ?

La prévention est inexistante en France, pourtant il suffirait de travailler sur l'estime de soi, la reconnaissance et l'écoute. On pourrait mettre en place des programmes éducatifs avec des expérimentations encadrées, comme des voyages, des activités à sensation, du théâtre, de la création, etc. Cela permettrait à certains de mieux se connaître et de vivre des émotions.