Voleurs de grands crus: Des bouteilles revendues à prix cassés sur le Bon Coin

JUSTICE Un ex-gérant de brasserie et deux professeurs des écoles font partie des receleurs qui comparaissent jusqu’à jeudi devant la juridiction interrégionale spécialisée…

Elsa Provenzano

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De grands crus du Médoc ont été volés par les braqueurs.
De grands crus du Médoc ont été volés par les braqueurs. — BOUTIN/SIPA

Au deuxième jour du procès des voleurs de grands crus, le tribunal a tenté de comprendre comment les 3771 bouteilles, dérobées lors des cambriolages de Châteaux Bordelais prestigieux entre juin 2013 et février 2014, avaient été écoulées et si les receleurs connaissaient l’origine frauduleuse des bouteilles. Quinze prévenus comparaissent jusqu’à jeudi.

L’enquête, menée par la cellule d’enquête de la gendarmerie qui avait été baptisée Cassevin, a permis de découvrir trois filières de recel indépendantes les unes des autres à Biarritz, Bordeaux et dans le Tarn-et-Garonne. Cette dernière a été approvisionnée par Bernard Martinez, un quinquagénaire qui tenait la brasserie « Les Pyrénées » à Lormont. Il y rencontre Yoan Gautreau, l’un des auteurs des cambriolages qui a reconnu les faits. Lors de ses auditions, Yoan Gautreau estime qu’il a écoulé 30 % de sa marchandise auprès du gérant.

« Je me doutais de l’origine frauduleuse »

La femme du gérant a été interrogé lors de l’enquête et a raconté que son mari lui avait dit « moins tu en sais et mieux c’est ». « Là, on évolue vers le côté mafieux du scénario » commente Jean-Louis Rey, procureur de la République. « Je ne voulais pas la mêler à ça, je ne savais pas d’où les bouteilles venaient mais je me doutais de l’origine frauduleuse », réagit le prévenu.

Sur les 3771 bouteilles volées au total, le tribunal a du mal à établir combien sont passées entre les mains de Bernard Martinez : « quand on fait les comptes, il y a toujours des caisses qui s’envolent », observe le président du tribunal. Les deux clients du gérant, les seuls selon lui, Thomas Jeulin et Guillaume Braillon, deux quadragénaires professeurs des écoles dans le Tarn-et-Garonne, estiment qu’ils lui ont acheté 310 bouteilles, pour 66.000 euros. : « On n’a jamais parlé de l’origine mais compte tenu des prix, ils se doutaient que c’était volé », assure Bernard Martinez.

Deux professeurs des écoles passionnés par le vin

Les deux professeurs des écoles ne voient pas du tout les choses de cette façon. Thomas Jeulin raconte qu’ils nourrissent une passion commune pour le vin et décident à partir de 2012 de réaliser des achats de crus sur internet et de revendre. En septembre 2013, ils pensent même à monter une entreprise commerciale, car ils estiment être confrontés à beaucoup de difficultés dans leur métier.

Ils achètent leurs premières bouteilles à Martinez, via le Bon Coin, à partir du printemps 2013, portant leur choix sur du Château Yquem, du Lafitte Rotschild et du Smith Haut-Lafitte à des prix proches du quart de la valeur des bouteilles sur le marché. « Vous achèteriez une voiture neuve au quart de sa valeur ? » interroge le président. « Pourquoi pas si c’est un particulier qui la propose », répond le prévenu.

« Comme une addiction, une chasse aux trésors »

« Mais lorsqu’il s’agit de 15 caisses sans facture et avec un paiement en liquide ? », s’étonne le président. Le professeur des écoles met en avant la relation de confiance instaurée avec Bernard Martinez et évoque les bonnes affaires déjà réalisées auprès de particuliers, qui mettent parfois leurs caves personnelles en vente. « C’était un peu comme une addiction, On voyait ça comme une chasse aux trésors. C’était un loisir et on voulait aussi se prouver qu’on était capable de faire autre chose que notre métier », raconte le quadragénaire.

Le professeur des écoles assure qu’il ne soupçonnait pas que la marchandise soit volée jusqu’à ce que son père, alerté par les volumes en jeu, lui fasse « une leçon de morale », l’avertissant qu’il pouvait être accusé de recel. « Et les achats sur un parking ne vous interpellent pas ? » interroge le président du tribunal. « J’en ai pris conscience trop tard », regrette le prévenu.

Le procès se poursuit, ce mercredi, avec les plaidoiries des parties civiles, le Château Haut-Bailly et la société Barrière frères.