Bordeaux: Le gang des voleurs de grands crus devant la justice

VIN Une vaste opération de gendarmerie intitulée « cassevin » avait été menée en 2014 contre des malfaiteurs qui s’attaquaient aux grands domaines bordelais…

Mickaël Bosredon

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Illustration de cave à vin.
Illustration de cave à vin. — Superstock/SIPA

Le préjudice dépasserait le million d’euros. Ce lundi s’ouvre le procès à Bordeaux de quinze personnes, âgées de 35 à 60 ans, soupçonnées pour les uns d’avoir dérobé de grands crus bordelais, et pour les autres d’en avoir été les receleurs.

Toutes avaient été interpellées le 10 février 2014 à l’issue d’une vaste opération de gendarmerie, impliquant près de 300 militaires dans plusieurs départements du Sud-Ouest et de la région parisienne. Intitulée opération « Cassevin », cette action coup-de-poing était le résultat de plusieurs mois d’investigations contre ce gang qui braquait les grands domaines viticoles bordelais.

« Pas de complicité interne »

Une série de vols réguliers, environ tous les quinze jours, avait été commis entre juin 2013 et février 2014. Très organisés, les malfaiteurs opéraient selon le même schéma à chaque fois. Ils se rendaient sur les lieux à bord d’un véhicule volé, et n’emportaient pas un volume important de bouteilles mais choisissaient de grands crus recherchés. « Ils étaient bien renseignés, notamment grâce à un gros travail d’observation », expliquait au lendemain de l’opération, le colonel du groupement de gendarmerie de la Gironde Ghislain Rety.

« Visiblement, il n’y a pas eu de complicité interne. Ils étaient rompus aux techniques de surveillance et de braquage », ajoutait Eric Baille, commandant du groupement de gendarmerie de Mérignac.

Châteaux Haut-Bailly, Palmer, Yquem… parmi les victimes

Pour éviter que les enquêteurs ne remontent jusqu’à eux, les malfaiteurs aspergeaient ensuite les lieux de détergents (javel, chlore). Puis le véhicule volé était incendié. On sait que le commanditaire était implanté en Gironde et que les profils des recéleurs étaient très variés : particuliers, cavistes et restaurateurs.

Le milieu viticole était à l’époque resté très discret contre cette série de « casses », qui avait touché une quinzaine de châteaux, dont château Haut-Bailly (grand cru classé de Graves, de 80 euros à 230 euros la bouteille), château Palmer (grand cru classé en appellation Margaux, de 180 euros à 380 euros la bouteille), et, le plus célèbre d’entre eux, château Yquem (premier cru supérieur de Sauternes, dont le prix de la bouteille peut dépasser plusieurs milliers d’euros). En l’occurrence, ce sont 380 demi-bouteilles d’Yquem qui avaient été dérobées, pour un préjudice d’environ 100.000 euros.

La profession avait été rassurée à l’issue du démantèlement de ce gang, comme l’avait confié Bernard Farges, président du CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux), au lendemain de l’opération, qui espère que ces interpellations dissuaderont d’autres malfaiteurs.