Bettencourt: L'avocat de la juge Prévost-Desprez parle de « poursuites abusives »

JUSTICE Le jugement dans cette affaire de violation du secret professionnel sera rendu le 2 juillet par le tribunal correctionnel de Bordeaux...

Elsa Provenzano

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Isabelle Prévost-Desprez et son avocat François Saint-Pierre. JEAN-PIERRE MULLER
Isabelle Prévost-Desprez et son avocat François Saint-Pierre. JEAN-PIERRE MULLER — AFP

Le procès de la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez, poursuivie pour violation du secret professionnel devant le tribunal correctionnel de Bordeaux s’est achevé mardi midi avec la plaidoirie de son avocat, maître François Saint-Pierre.

Elle est soupçonnée d’avoir communiqué des informations sur une perquisition et des auditions de témoins, entre juillet et septembre 2010, alors qu’elle était en charge d’un supplément d’informations dans le volet abus de faiblesse de l’affaire Bettencourt. C’est en particulier un article du 1er septembre, paru dans Le Monde, et qui évoquait la perquisition à l’hôtel particulier de Liliane Bettencourt réalisée le jour même, qui a incité maître Kiejman, alors conseil de la milliardaire, a porté plainte contre la magistrate.

« La violation du secret professionnel dans cet article n’était pas si grave qu’elle est poussée à une recherche sur les sources des journalistes, observe maître François Saint-Pierre. Mais était-il bien utile de mettre à nue l’intimité de ma cliente qui a été traitée, ainsi qu’elle l’a dit elle-même, comme un trafiquant? » Ses conversations téléphoniques personnelles ont été épluchées et son domicile perquisitionné.

Pas de preuves matérielles certaines

Son avocat parle de « poursuites abusives » à l’encontre de sa cliente. « On lui reproche des relations fréquentes et abondantes avec plusieurs journalistes. Mais nous soutenons un statut du juge qui lui permette d’être en relation ouverte avec la société », a-t-il plaidé.

« Une preuve ce n’est pas un SMS » a tonné l’avocat à l’adresse du procureur, qui a requis 5.000 euros d’amende contre la magistrate. Tous les contenus des SMS n’ont pas pu être récupérés et ceux à la disposition du tribunal ne permettent pas de faire état de divulgation d’informations confidentielles, selon lui. « La présomption d’innocence est indissociable d’une preuve matérielle certaine », a souligné maître Saint-Pierre.

« Il y a eu des fuites partout dans cette affaire »

Pour lui, l’instruction n’a retenu que la thèse défendue par Georges Kiejman, selon laquelle puisqu’elle connaît bien le journaliste du Monde Jacques Follorou (avec qui elle a cosigné un livre « Une juge à abattre »), c’est elle qui serait obligatoirement sa source. Mais l’avocat estime que l’instruction s'est focalisée sur cette hypothèse, négligeant d'autres pistes.

Il a aussi évoqué un article paru dans le Figaro le 8 juillet 2010 et qui est un « fac-similé » d’une audition de Claire Thibout, l’ex-comptable de Liliane Bettencourt. « Il y a eu des fuites partout dans cette affaire », commente-t-il, ajoutant qu’il n’y a pas eu de perturbation fonctionnelle dans le cours de l’enquête, après la parution de l’article du Monde en question dans cette affaire.

« Elle n’a jamais trahi son obligation au secret professionnel. Sa ténacité a fait d 'elle une juge emblématique et elle est devenue une cible », insiste son avocat, qui formule l’hypothèse selon laquelle les fuites auraient été organisées pour obtenir son dessaisissement. Il a aussi évoqué les dysfonctionnements à l’œuvre au parquet de Nanterre, à cette époque. Il demande au tribunal la relaxe, afin : « qu’on ne puisse pas attaquer un juge au prétexte d’un article de presse, seulement parce qu' il connaît un journaliste ».

Invitée à s’exprimer une dernière fois avant la fin de l’audience, la prévenue a déclaré : « Je n’ai pas violé le secret professionnel. J’ai exercé mes fonctions, comme je le pouvais. Je suis et je resterai une femme libre et un magistrat indépendant. »

Le jugement sera rendu à Bordeaux, le 2 juillet à 14 h 30.