La mémoire coupée en deux

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Deux discours, deux gerbes de fleurs, deux accompagnements musicaux. Hier, l'esclavage a fait l'objet de deux commémorations, simultanées, mais distantes de quelques mètres. L'une était organisée par la mairie et l'autre par l'association Diverscités, qui oeuvre depuis plusieurs années pour qu'un Mémorial de la traite des Noirs voit le jour à Bordeaux, mais qui n'a pas souhaité se joindre à la cérémonie officielle. « Elle n'a pas pris l'enjeu de cette mémoire », regrette son président, Karfa Diallo.

Il cite pour exemple la plaque installée l'année dernière sur les quais : « Elle n'est pas à la hauteur de l'événement : Bordeaux a participé au crime contre l'humanité qu'est la traite de Noirs, et la mairie l'aborde avec légèreté. » Selon l'association, le comité de réflexion et de proposition sur le sujet, créé en juillet 2005, n'a rien donné et la « mairie n'a pas respecté ses engagements ». Le comité avait, notamment, recommandé la création d'un mémorial dans la ZAC des Chartrons, mais l'association estime que la mairie bloque le projet.

Des critiques qui ont eu un écho à quelques mètres de là, puisque dans son discours, Hugues Martin (UMP), premier adjoint au maire, a rappelé les projets de la ville : ouverture d'une salle au musée d'Aquitaine sur le passé négrier de Bordeaux, création d'un réseau de villes ayant le même passé, organisations de colloques... « Cette histoire ne sera ni oubliée ni minorée », a-t-il ajouté comme pour répondre aux attaques de Karfa Diallo.

Juppé L'absence du maire de Bordeaux n'a pas été appréciée par l'association. L'adjoint au maire a estimé qu'elle était normale : « Alain Juppé a des responsabilités nationales. »