Bordeaux: Olikrom, une start up qui rend les peintures intelligentes

INNOVATION Cette jeune entreprise produit et commercialise des pigments insérés dans des peintures ou des vernis qui changent de couleur en fonction de la lumière, de la température ou de la pression…

Mickaël Bosredon

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Jean-François Létard, directeur de recherche CNRS et patron de la société Olikrom à Pessac
Jean-François Létard, directeur de recherche CNRS et patron de la société Olikrom à Pessac — OLIKROM

Une peinture murale qui évolue en fonction de la lumière du jour. Un choc sur un avion détecté grâce à un changement de couleur. Ou encore un vêtement qui adapte sa teinte selon la température extérieure. Voilà les applications sur lesquelles travaille la société Olikrom, installée depuis octobre 2014 à Pessac. «Nous proposons toute une gamme de pigments qui changent de couleurs au contact de la chaleur, du froid, de la lumière, de la pression, explique Jean-François Létard, directeur d’Olikrom, et directeur de recherches CNRS. Les secteurs d’applications s’étendent à l’aéronautique, l’automobile, la peinture, le packaging, le luxe, la sécurité, la lutte anticontrefaçon, les cosmétiques…» énumère-t-il.

Les pigments insérés dans les peintures proposées par Olikrom changent de couleur en fonction de la pression - OLIKROM

Pour arriver à ce résultat, et au lancement de sa start-up, il aura fallu huit années de travaux à Jean-François Létard. «J’ai été directeur de recherches pendant dix-sept ans à l’Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux (ICMCB), où j’ai travaillé autour du changement de propriété des matériaux. En 2005 j’ai déposé un premier brevet, neuf autres ont suivi. A partir de 2009, j’ai commencé à plancher sur les industriels qui pourraient être intéressés par cette nouvelle technologie, et j’ai lancé une cellule de transfert soutenue par le conseil régional et l’Adera (soutien des acteurs de l’innovation) pour étudier le marché et faire évoluer la fabrication de ces pigments de quelques grammes à plusieurs kilos.»

Les pigments insérés dans les peintures proposées par Olikrom changent de couleur en fonction de la lumière - OLIKROM

La période 2009-2014 a aussi été consacrée à «transformer un chercheur en entrepreneur, ce qui n’est pas toujours évident. La structure Bordeaux Unitec qui accompagne les porteurs de projets a été très utile pour cette phase.»

Devenir un leader mondial

Aujourd’hui Olikrom est installé dans un local de 300 m2, où l’entreprise conçoit et commercialise ses pigments, et compte six salariés. De nouvelles embauches devraient avoir lieu en 2015, et la start-up vise un chiffre d’affaires d’1,5 million d’euros en 2016 et de plus de trois millions en 2017. «Nous voulons créer une véritable filière industrielle en Aquitaine, notamment à Pessac où il existe un riche tissu universitaire avec lequel nous pouvons travailler, et nous ambitionnons de devenir un leader mondial dans le secteur du pigment intelligent» poursuit Jean-François Létard.

Ce type de produit est déjà proposé depuis une vingtaine d’années par d’autres producteurs, notamment asiatiques, «mais ils n’ont jamais pu percer car ils ne résistent pas à la lumière du soleil, ce qui est le cas des nôtres.»

Bientôt des terrains de sport interactifs

Cette petite start-up compte déjà une vingtaine de clients, et a notamment décroché des marchés avec Airbus Group Turbomeca Safran. «Pour Airbus, il s’agit de concevoir des pigments insérés dans les matériaux composites et qui changent de couleur lorsqu’il y a eu un choc sur la surface d’un avion avec un oiseau ou un objet, invisible à l’œil nu.» Elle a également obtenu plus de 700.000 euros de levées de fonds, dont 300.000 euros de deux fonds d’investissement.

Concernant de futures applications, Jean-François Létard anticipe un développement sur le marché du sport et des loisirs. «On peut imaginer des terrains de sport interactifs, notamment des terrains de tennis sur lesquels la marque de la balle resterait imprimée quelques secondes afin de savoir si elle était devant ou derrière la ligne.»