Bordeaux: Le Cran veut ouvrir le dialogue avec les familles au passé esclavagiste

SOCIETE Le Conseil représentatif des associations noires voudrait créer une commission bordelaise pour la réconciliation...

M.B. avec AFP
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Bordeaux fut le deuxième port négrier de France derrière Nantes
Bordeaux fut le deuxième port négrier de France derrière Nantes — PATRICK BERNARD / AFP

Le Cran (Conseil représentatif des associations noires) souhaite mettre en place à Bordeaux, sous l'égide de la mairie, une «Commission de réconciliation» pour créer le dialogue entre les familles bordelaises dont les ancêtres ont tiré bénéfice de l'esclavage et celles de leurs victimes.

Le 10 mai 2014, à l'occasion des commémorations de l'abolition de l'esclavage, le Cran avait annoncé avoir approché «discrètement» quelques grandes familles de Bordeaux, au passé négrier, «pour les associer à une réflexion sur les réparations.» Un grand nombre de rues de la ville porte leurs noms.

Deuxième port négrier après Nantes, Bordeaux fut le point de départ de quelque 500 expéditions qui déportèrent d'Afrique près de 150.000 hommes, femmes et enfants, une traite qui contribua à la richesse de la ville.

«Ces familles ne sont pas responsables, mais elles en ont été bénéficiaires»

Ces familles bordelaises «n'en sont pas responsables, mais elles en sont bénéficiaires, et elles devraient participer selon nous à l'effort de réparation», estime le Cran dans un courrier adressé au maire de Bordeaux, Alain Juppé (UMP).

«Dans l'ensemble, malgré certaines velléités, elles (ces familles, ndlr) ont refusé le dialogue. Le Cran songeait donc à les assigner en justice, mais le Cran Aquitaine a proposé une formule nouvelle», poursuit la lettre, signée du président de l'organisation, Louis-Georges Tin. «Il s'agirait de mettre en place une Commission bordelaise pour la réconciliation, sous l'égide de la municipalité», explique Louis-Georges Tin, selon qui «cette formule permettrait d'apporter une résolution pacifique des conflits en ouvrant un espace de dialogue autre que celui des prétoires.»

«Nous pensons qu'un tel espace, qui n'engage à rien, ni d'un côté ni de l'autre, aurait toutes les chances de produire des effets positifs», insiste le Cran, qui assure que «nos interlocuteurs n'étaient d'ailleurs pas opposés au dialogue. Nous pensons qu'il serait de l'intérêt de tous, de la ville, des descendants d'esclaves et des descendants d'esclavagistes, qu'une pareille discussion puisse être mise en place.»

Des commissions similaires existent à l'étranger, dans les Caraïbes ou aux Etats-Unis, précise l'organisation.