Bettencourt: Eric Woerth et Patrice de Maistre sont jugés à partir de lundi pour trafic d'influence

JUSTICE Le second procès de l'affaire dite Bettencourt va durer trois jours...

Elsa Provenzano

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Le député UMP Eric Woerth (d) et son avocat Jean-Yves Le Borgne quitte le tribunal de Bordeaux, le 20 février 2015
Le député UMP Eric Woerth (d) et son avocat Jean-Yves Le Borgne quitte le tribunal de Bordeaux, le 20 février 2015 — Mehdi Fedouach AFP

Eric Woerth, ancien ministre du Budget, et Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, soupçonnés de trafic d'influence, comparaîtront de nouveau devant les juges Bordelais pour trois jours, à partir de lundi. Ils étaient également prévenus dans le premier volet concernant de présumés abus de faiblesse au préjudice de l'héritière de l'Oréal. On connaîtra le délibéré de cette première affaire le 28 mai. L'avocat d'Eric Woerth Jean-Yves Le Borgne a demandé la relaxe de son client pour cette première affaire, parlant de «fantasme judiciaire».

Une embauche contre une légion d'honneur?

Ce sont des conversations enregistrées clandestinement par le majordome de la famille Bettencourt qui vont jeter le doute sur les conditions de recrutement de Florence Woerth l'épouse de l'ancien ministre UMP au sein de Clymène, une société dirigée par Patrice de Maistre qui avait pour mission de gérer une partie de la fortune de Liliane Bettencourt.

Florence Woerth a été recrutée en qualité de  «Directeur, Recherches et Investissements», au sein de la société Clymène. Son contrat a été signé en septembre 2007. Elle prend ses fonctions en novembre 2007 et démissionne en juin 2010. Il est suspecté que Patrice de Maistre en contrepartie de son intervention dans l'embauche de Florence Woerth ait été nommé chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur grâce à l'intervention d'Eric Woerth, en juillet 2007. Elle lui sera remise officiellement par le ministre en janvier 2008.

«Un rapprochement qui ne tient pas debout»

Maître Jean Yves Le Borgne, estime que ce procès, comme le premier, ne tient que sur des «rapprochements de dates et de faits. Il y a l’embauche de Florence Woerth, dans la société Clymène de Patrice de Maistre et l’attribution de la légion d’honneur à Patrice de Maistre à l’initiative d’Eric Woerth. Mais on ne démontre pas de lien de causalité.»

Le conseil poursuit son raisonnement en montrant qu'aucun de ces deux faits n'est surprenant. «Si la légion d’honneur devait dépendre de l’embauche de Florence Woerth, il aurait fallu que la légion soit inespérée pour qu’il y ait une contrepartie. Or, Patrice de Maistre a reçu l’ordre national du Mérite, c’est l’homme de confiance de la famille Bettencourt et l’ancien dirigeant de grands cabinets d’expertise comptable», pointe t-il.

Il insiste aussi sur la cohérence du recrutement de Florence Woerth, qui n'a rien d'une «ravissante idiote». Elle est diplômée d’HEC, forte de 25 ans d’expérience et elle «ne va pas gagner plus à ce poste que lorsqu’elle était employée par une banque, juste avant. Ce n’est pas quelqu’un qui a du mal à trouver du boulot. D’ailleurs vous en connaissez beaucoup des gens qui ont fait HEC et qui sont au chômage ?» Pour lui, les accusations portées contre son client sont infondées : «C’est un fantasme, un rapprochement qui ne tient pas debout ! Il manque une relation causale», conclut-il.