Procès Bettencourt: L'ancien homme de confiance de la milliardaire «a toujours agi dans son intérêt» selon son avocat

JUSTICE L'avocat de Pascal Wilhelm, lui-même ancien avocat des Bettencourt, estime que son client a été piègé par la fille de l'héritière de l'Oréal...  

E.P. avec AFP

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L'ex-avocat de Liliane Bettencourt Pascal Wilhelm au tribunal de Bordeaux le 18 février 2015
L'ex-avocat de Liliane Bettencourt Pascal Wilhelm au tribunal de Bordeaux le 18 février 2015 — Jean-Pierre Muller AFP

Pascal Wilhelm, avocat de Liliane Bettencourt puis successeur de Patrice de Maistre comme gestionnaire de sa fortune, et mandataire, est poursuivi pour «abus de faiblesse». Le ministère public a requis la relaxe le concernant.

«Pascal Wilhelm n'a rien d'un profiteur. Il n'a pas profité de Liliane Bettencourt; il a travaillé pour elle», a posé Yves Baudelot, défendant son confrère de 53 ans jugé pour «abus de faiblesse», l'un des dix prévenus au Tribunal correctionnel de Bordeaux.

Avec calme, clarté, une lente intensité, Maître Baudelot a égrené les domaines où Pascal Wilhelm a agi «encore et toujours dans l'intérêt et pour le meilleur profit» de la femme la plus riche de France, aujourd'hui âgée de 92 ans et sous tutelle, et dont la vulnérabilité dans les années 2006-2011 est au coeur du procès.

«Travail et sérieux»

Maître Wilhelm, a insisté son conseil, a excellé avec «travail et sérieux». Qu'il s'agisse de régulariser, de rapatrier des fonds non-déclarés de Liliane en Suisse et de «mener avec l'administration fiscale des négociations évitant des poursuites pénales dont on imagine quelles auraient été des retombées médiatiques».

Qu'il s'agisse de l'investissement de 143,5 millions d'euros dans le groupe LGI de Stéphane Courbit (prévenu lui aussi) et qui amenèrent à Liliane Bettencourt «une plus-value de 15,5 millions d'euros». Qu'il laisse la trésorerie plus riche de 100 millions d'euros que lorsqu'il prit ses fonctions.

Pourtant, à plusieurs reprises au procès, Maître Pascal Wilhelm a été particulièrement malmené, mis sur le grill autour des conditions de l'investissement qu'il fit réaliser à Liliane Bettencourt en 2011, lui qui était aussi l'avocat de Stéphane Courbit et fut auparavant celui de Patrice de Maistre. «L'avocat de tout le monde et surtout de lui-même», raillera Maître Nicolas Huc-Morel, avocat de Françoise Bettencourt-Meyers, fille unique de Liliane, partie civile.

Maître Yves Baudelot a rappelé que la profession avait blanchi Pascal Wilhelm de tout conflit d'intérêt. Et il a dénoncé «l'agressivité excessive» de la partie civile et les «attaques inacceptables» de certains confrères.

Un protocole d'accord «irréprochable»

Ses avocats ont aussi balayé l'hypothèse d'un «abus de faiblesse» au moment du mandat de protection future du 6 décembre 2010 qui fit de Maître Pascal Wilhelm le mandataire de Liliane Bettencourt. Le protocole de réconciliation mère-fille, signé le même jour, est «irréprochable» selon les juges d'instruction, «n'est pas poursuivi et personne ne prétend qu'il est affecté d'un vice quelconque», a asséné Maître Yves Baudelot. Il en est donc «forcément de même pour le mandat» et il n'y a «d'autre choix» que la relaxe de Pascal Wilhelm, a-t-il conclu.

Wilhelm « endormi » et « piégé » par Françoise Bettencourt

Ce qui est «honteux», a enfoncé Maître Jean-David Boerner, autre avocat du prévenu, c'est que Pascal Wilhelm, même s'il a commis des «maladresses», «a été piégé», «trahi» par Françoise Bettencourt. Elle a «manoeuvré», l'a «endormi» via le mandat de protection future, obtenant rapports et informations, avant de le «dénoncer», de le «jeter aux orties», en «victime expiatoire» d'années de conflit mère-fille. Aux dépens de ce mandataire, la fille «a voulu prendre le pouvoir qu'elle n'a jamais eu».

«Même si c'est à lui que vous devez cette réconciliation, que vous devez cette liberté de profiter de la fortune de votre mère», «que vous devez de profiter de votre mère», a enfin lancé l'avocat à l'adresse des bancs des parties civiles. Où Françoise et ses deux fils étaient absents, comme lundi.

Les plaidoiries de la défense se poursuivent mercredi avec les avocats des principaux prévenus du procès, l'ancien confident de Liliane, François-Marie Banier, et de son ex-gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre.