Bordeaux : Les huit moments forts du procès Bettencourt

JUSTICE Ce qu'il faut retenir du premier volet de ce procès exceptionnel, alors qu'il se termine ce mercredi à Bordeaux, après cinq semaines de débats devant le tribunal correctionnel...

Elsa Provenzano

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Liliane Bettencourt et sa fille Francoise Bettencourt Meyers le 6 juillet 2007 à Paris
Liliane Bettencourt et sa fille Francoise Bettencourt Meyers le 6 juillet 2007 à Paris — Miguel Medina AFP

Le premier volet de l'affaire Bettencourt a jugé dix prévenus soupçonnés d'avoir, entre 2006 et 2011, à différents degrés, abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt, 92 ans et sous tutelle. Il se termine ce mercredi. Sa fille unique Françoise Bettencourt-Meyers et son tuteur se sont constitués parties civiles. Si vous n'avez pas tout suivi des débats, voici résumés les moments marquants de ce procès hors normes.

1. L'émotion à l'ouverture du procès avec l'annonce de la tentative de suicide d'Alain Thurin, l'un des prévenus.

Au premier jour du procès, le procureur annonce que l'ex-infirmier de Liliane Bettencourt, un des dix prévenus, a tenté de mettre fin à ses jours la veille. Avant ce geste désespéré, il a envoyé une lettre au président du tribunal, lue à l'audience. «Etre confronté à tous ces ténors du barreau serait très difficile, surtout sans preuve», écrit celui qui voulait vraisemblablement porter des accusations sur plusieurs autres prévenus. Alain Thurin est toujours hospitalisé à Paris et se trouve dans le coma.

2.Une révélation lors de l'audition d'un témoin

Personne ne s'y attendait. L'ancienne secrétaire de direction de Patrice de Maistre (ancien gestionnaire de fortune et l'un des prévenus) a rapporté le contenu de certaines confidences que Claire Thibout, l'ancienne comptable des Bettencourt, lui aurait faites. Elle lui aurait raconté que Françoise Bettencourt-Meyers rémunérait les membres du personnel de maison qui venaient l'informer sur ce qui se passait chez sa mère. A l'époque, mère et fille sont en conflit. Claire Thibout a ensuite démenti avoir tenu ces propos.

3. Le «show» de François-Marie Banier lors de l'examen de sa personnalité

Très à l'aise à la barre, celui qui a été l'ami intime de la femme la plus riche de France, aime se raconter. Ecrivain et photographe, il décrit ses débuts dans le milieu mondain parisien et ne manque pas d'énoncer les grands noms qu'il a côtoyés. Il travaille par exemple avec Yves Saint Laurent et Pierre Bergé: «J’ai inventé deux noms de parfum qui ont été les plus vendus au monde», tient-il a précisé, avec emphase. Ses amis, la mère de Vanessa Paradis (il est le parrain de la fille qu'elle a eu avec Johnny Depp) et Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre du Rond-Point sont venus témoigner à la barre en sa faveur.

4. Le témoignage de l'ex-comptable Claire Thibout

L'audition de l'ancienne comptable, témoin clé dans l'affaire, était très attendue puisque c'est elle qui assure que Patrice de Maistre lui a demandé de retirer de l'argent pour le remettre à Eric Woerth. Elle a maintenu ces accusations pendant son audition et a raconté qu'en 2007, elle était allée voir Françoise Bettencourt-Meyers pour l'alerter, car «tout le monde piochait dans la caisse» et qu'elle voulait protéger la vieille dame, très affaiblie selon elle.

5. Le collège d'experts livre un rapport à charge pour les prévenus.

Le rapport des cinq experts missionnés par les magistrats instructeurs semble capital dans cette affaire où sont jugés des faits d'abus de faiblesse. Ils estiment que la milliardaire est atteinte de troubles cognitifs depuis 2006 et qu'une maladie dégénérative est à l'œuvre depuis au moins 2007 et parlent d'une «démence mixte mélangeant des lésions d'Alzheimer et des lésions vasculaires.» Même s'il s'agit de légers troubles cognitifs en 2006, les experts estiment qu'associés à sa «surdité profonde», ils la plaçaient bien dans une situation de fragilité.

6. Les réquisitions du procureur de la République

Le ministère public a demandé pour François-Marie Banier la peine maximale prévue pour ce délit, soit 3 ans d'emprisonnement. Il demande aussi 375.000 euros d'amende et la confiscation des biens saisis (3 assurances vie et un ensemble immobilier). Il a requis 3 ans d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis et 375.000 euros d'amende pour Patrice de Maistre (pour qui il demande aussi la confiscation d'un bien saisi) et Martin d'Orgeval, le compagnon de François-Marie Banier. Il a demandé la relaxe pour Stéphane Courbit, Eric Woerth, Patrice Bonduelle et Pascal Wilhelm et la disjonction pour Alain Thurin.

7. Eric Woerth, «l'intrus» du procès, pour son avocat.

L'ancien ministre du budget et ex-trésorier de l'UMP est soupçonné de recel d'une somme remise par Patrice de Maistre. Une transaction que se sont acharnés à nier les deux hommes au cours du procès. Le procureur de la République a demandé la relaxe, en l'absence de preuves. Son avocat maître Jean-Yves Le Borgne a estimé qu'il était «l'intrus», «l'anomalie» de ce procès et victime d'un «fantasme judiciaire». «La preuve des remises n'est pas apportée et si on regarde les comptes, il y a de fortes probabilités pour que cette remise n'ait pas eu lieu», a-t-il lâché, demandant une «relaxe pure et simple.»

8. Des témoins peu crédibles et une expertise peu rigoureuse pour la défense

Les avocats de François Marie Banier et Patrice de Maistre ont plaidé ce mercredi, dernier jour du procès Bettencourt. Les premiers ont expliqué que la personnalité atypique de leur client était justement ce qui avait plu à Liliane Bettencourt, qui le compare à son père dans sa correspondance. Les seconds ont estimé les témoins cités par les parties civiles peu crédibles et l'expertise, en omettant certaines pièces, peu sérieuse. Ils ont aussi émis des doutes sur l'impartialité de l'experte Sophie Gromb, qui a été témoin au mariage du juge d'instruction Jean-Michel Gentil. 

Le délibéré de ce premier volet de l'affaire Bettencourt sera rendu le 28 mai.