Procès Bettencourt: La relaxe demandée pour Woerth victime d'un «fantasme judiciaire»

JUSTICE Jean-Yves Le Borgne, avocat d'Eric Woerth, a plaidé ce lundi matin, expliquant que son client était «un intrus» dans ce procès et que l'accusation de recel dont il fait l'objet est sans fondement...

Elsa Provenzano

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Eric Woerth et son avocat Jean-Yves Le Borgne.  AFP PHOTO / JEAN-PIERRE MULLER
Eric Woerth et son avocat Jean-Yves Le Borgne. AFP PHOTO / JEAN-PIERRE MULLER — AFP

Maître Jean-Yves le Borgne, l'avocat d' Eric Woerth a plaidé d'une voix retentissante, ce lundi matin devant le tribunal correctionnel de Bordeaux qui juge depuis le 26 janvier dix prévenus, soupçonnés d'avoir à différents degrés abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt, 92 ans. Vendredi, le procureur de la République avait demandé la relaxe pour l'ex-ministre UMP.

Lors de ce premier jour des plaidoiries de la défense, il a demandé «la relaxe pure et simple» de son client afin de mettre fin «à un fantasme judiciaire». Pour lui il est «l'intrus, l'anomalie» du procès Bettencourt, dont le seul nom, avec celui de l'ex-président Nicolas Sarkozy, a fait basculer un «dossier banal d'abus de faiblesse» en «affaire d'Etat».

«L'appétence pour l'affaire d'état»

S'il se retrouve sur les bancs des prévenus, c'est parce qu'il est toujours «croustillant qu'il y ait un nom qui tout à coup surdimensionne le dossier», a ironisé Maître Jean-Yves Le Borgne. «C'est l'appétence pour l'affaire d'état qui a ramené Woerth devant le tribunal, selon l'avocat. Est-ce raisonnable? Est-ce équitable?» 

Eric Woerth, député de l'Oise et maire de Chantilly, est poursuivi pour «recel» d'une somme que lui aurait remise en 2007 l'ex-gestionnaire de fortune de la milliardaire Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, alors qu'il était trésorier de la campagne du futur président Nicolas Sarkozy, initialement mis en examen dans cette affaire, puis finalement mis hors de cause. Le recel est puni par une peine maximale de 5 ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende.

«Un recel fantasmé»

«Il est poursuivi pour le recel de sommes indéterminées, déjà on ne sait pas de quoi on parle. On a évoqué 50.000, 150.000 et 450.000 euros...On parle d'un recel fantasmé... », soupire l'avocat. «On a vérifié dans les comptes de campagne s'il y avait des dépenses couvertes par des fonds dont on ne connaît pas la nature, il n'en est rien. Dans les comptes d'Eric Woerth et de sa famille, rien! »

Reste «une effroyable coïncidence à qui on peut tout faire dire» : Patrice de Maistre et Eric Woerth  se rencontrent à deux reprises en janvier et février 2007, et le rapatriement de sommes depuis les comptes en Suisse de Liliane Bettencourt. «Sous prétexte que 400.000 euros sont arrivés chez les Bettencourt le 5 février et que Patrice de Maistre a rencontré Eric Woerth le 7 février, on se dit: Ah, voilà l'argent! », lance maître Le Borgne, mais il ne faut pas confondre «concomitance» et «causalité», a-t-il dit.

Il tire à boulets rouges sur Claire Thibout

L'ex-comptable est le témoin qui déclare que l'argent en question a été remis à Eric Woerth par Patrice de Maistre. «Alors pourquoi Claire Thibout aurait menti? Je pense que dans ce conflit familial, Claire Thibout avait pris parti pour Françoise Bettencourt. Elle a pu vouloir accuser celui qu'elle considère comme responsable de son propre licenciement  (Patrice de Maistre) et c'est aussi l'ennemi car c'est celui qui s'oppose à un placement ( sous tutelle) de Liliane Bettencourt», avance le conseil.

«Vous allez bien sûr le relaxer! La preuve des remises n'est pas apportée et si on regarde les comptes, il y a de fortes probabilités pour que cette remise n'ait pas eu lieu. La relaxe c'est aussi une façon de mettre fin à cette curée médiatique, ces atteintes à son image depuis bientôt cinq ans. Votre tâche est un devoir de restauration de la vérité. Je vous demande une relaxe pure et simple», a conclu l'avocat.

Les plaidoiries de la défense se poursuivent jusqu'à mercredi inclus.