Aquitaine: Le Libournais suspend à son tour le financement à la LGV Tours-Bordeaux

TRANSPORT Une nouvelle collectivité annonce son désengagement du projet, faute de garanties de la SNCF sur les dessertes...  

Mickaël Bosredon
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Travaux de construction du viaduc de la Dordogne sur la LGV Tours-Bordeaux
Travaux de construction du viaduc de la Dordogne sur la LGV Tours-Bordeaux — Lilian Marolleau

Et un de plus. Philippe Buisson, maire de Libourne et président de la Communauté d'agglomération du Libournais, a annoncé ce jeudi qu'il suspendait le financement à la réalisation de la Ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, «tant que la SNCF n'honorera pas la convention de desserte.»

C'est une véritable fronde des élus qui est en train de monter, puisque cette décision intervient quelques jours après celle de plusieurs collectivités charentaises de suspendre également leur financement à ce chantier.

«La SNCF ne veut pas respecter la convention signée en 2010»

Joint par 20Minutes, Philippe Buisson explique qu'«en 2010, nous avons signé une convention avec l'Etat et RFF pour une dizaine d'arrêts de TGV par jour. Aujourd'hui, la SNCF entend ne pas respecter cette convention, puisqu'elle ne propose plus que trois arrêts. Donc je suspends notre financement, à savoir 500.000 euros qui restent à régler sur les 2,5 millions d'euros que le Libournais était censé apporter.»

Philippe Buisson espère obtenir, à l'issue d'une négociation, «entre cinq et sept arrêts par jour, et des compensations, qui pourraient être par exemple le financement d'un pôle multimodal adossé la gare de Libourne, permettant aux voyageurs de poser leurs voitures avant de prendre un train.»

Inquiétudes devant la réduction annoncée du nombre d'arrêts en gare

Les financements des collectivités tombent les uns après les autres. Après la Communauté d'agglomération du Grand Angoulême, dès le mois d'octobre, et la Communauté de communes du Grand Cognac, c'est le Conseil général, réuni vendredi 6 février en commission permanente, qui s'est prononcé à l'unanimité pour la suspension du versement des 7,3 millions d'euros dus d'ici à 2018. Le Grand Angoulême devait verser cette année 900.000 euros et le Grand Cognac 500.000 euros.

Au total, les trois collectivités se sont engagées à abonder le chantier de la LGV à hauteur 45 millions d'euros. Elles expriment par ces décisions leur inquiétude devant la réduction annoncée du nombre d'arrêts en gare d'Angoulême à l'horizon 2017.

Les élus charentais, Jean-François Dauré, président (PS) de la Communauté d'agglomération du Grand Angoulême en tête, ne conçoivent pas que le nombre d'arrêts soit réduit de «30%» dès la mise en service de la LGV, comme l'envisagerait, selon eux, la SNCF.

D'autres collectivités menacent aussi de suspendre leur versement

De nombreuses autres collectivités concernées par la LGV (Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, communauté de communes de Pau, etc.) ont aussi menacé de suspendre leurs versements ou refusé de financer le projet, faute de garanties suffisantes de la part de la SNCF.

Dans un courrier adressé le 20 janvier dernier à la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, la région Aquitaine, Bordeaux Métropole et le conseil général de la Gironde s'inquiétaient eux aussi «d'une volonté de la SNCF de faire circuler entre Paris et Bordeaux un nombre de TGV inférieur à l'offre actuelle.» Les trois collectivités rappelaient au passage que leurs investissements cumulés s'élèvent à 560 millions d'euros.

Le chantier en tant que tel n'est pas menacé, puisqu'il est désormais bien avancé, et que l'ouverture de la LGV Tours-Bordeaux est toujours prévue en juillet 2017. Mais se pose la question de qui va venir compenser ces millions d'euros manquants, si ces suspensions se confirment.