Procès Bettencourt: Les comptes, fonds et flux liés à la première fortune de France examinés

JUSTICE La troisième semaine du procès s'ouvre ce lundi au tribunal correctionnel de Bordeaux...

E.P. avec AFP

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Liliane Bettencourt, le 12 octobre 2011 à Paris
Liliane Bettencourt, le 12 octobre 2011 à Paris — Francois Guillot AFP

La troisième semaine du procès Bettencourt, à Bordeaux, va entrer dans le détail des comptes, fonds et flux liés à la fortune de Liliane Bettencourt et entendre notamment le député UMP et ex-ministre Eric Woerth, poursuivi pour un recel (une somme qu'il aurait reçue du gestionnaire de fortune de la milliardaire) qu'il nie.

Après deux semaines centrées sur les personnalités, puis les donations ou libéralités de millions, de dizaines, de centaines de millions de l'héritière de L'Oréal au profit des principaux prévenus parmi lesquels, en première ligne, l'ami et confident François-Marie Banier, le Tribunal correctionnel devrait partager davantage son temps d'écoute entre les divers prévenus, mais aussi un expert-comptable, et l'actuel tuteur de Liliane Bettencourt, Olivier Pelat.

De la Suisse aux Seychelles

Patrice de Maistre, l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, poursuivi pour abus de faiblesse et blanchiment, devrait notamment entrer dans le détail de cette gestion. A travers lui, les comptes non-déclarés de la femme la plus riche de France en Suisse ou ailleurs à l'étranger (14 au total, dit-il, dont deux seulement qu'il connaissait à l'époque) devraient venir sous le projecteur, tout comme l'île seychelloise d'Arros, acquise par Liliane Bettencourt à l'insu du fisc et depuis revendue.

L'ancien commissaire aux comptes a déjà commencé à plaider au tribunal comment il a été «progressivement mêlé à tout cela», à régler ces questions d'argent dissimulé, alors que «ce n'était pas le contrat de départ», lui le très officiel directeur-général de la société Théthys, gérant les dividendes tirés par les Bettencourt du groupe de cosmétiques L'Oréal. Dans des enregistrements-pirates effectués par l'ex-majordome de la milliardaire, il a parlé d'opérations d'évasion fiscale.

Claire Thibout, ex-comptable de Liliane, sera mardi l'un des témoins-clefs de la semaine. Accusatrice principale de François-Marie Banier et Patrice de Maistre pour «les abus de faiblesse», c'est elle aussi qui a affirmé avoir remis début 2007 au gestionnaire, qui était, selon elle, «l'intermédiaire avec les politiques», 50.000 euros en liquide lesquels auraient été destinés à Eric Woerth, alors trésorier de campagne de l'ex-chef d'Etat Nicolas Sarkozy. Ce que tant Patrice de Maistre qu'Eric Woerth nient.

Si l'ex-chef de l'Etat, un temps mis en examen en 2013 pour «abus de faiblesse», a finalement bénéficié d'un non-lieu alors que la justice abandonnait le volet du dossier portant sur un financement politique occulte, Eric Woerth, lui, est resté, selon son avocat, un «oublié du non-lieu», en tout cas un prévenu marginal au procès. Assurément en termes de chiffres, si l'on compare le montant le concernant et les sommes faramineuses (plus d'un demi-milliard au total) sur lesquelles portent les chefs d'accusation.

Patrice de Maistre, en tout début de procès n'a fait nul mystère de son affinité politique avec l'UMP ( il est membre du « premier cercle » de donateurs)  ni de ses contributions, légales et transparentes, aux campagnes de Nicolas Sarkozy et Eric Woerth.

Thibout par visioconférence

Claire Thibout, elle-même mise en examen à Paris pour faux témoignages et attestation mensongère, sur plaintes de François-Marie Banier et Patrice de Maistre, avait transmis au tribunal de Bordeaux un certificat médical arguant d'une incapacité à témoigner.

Mais une expertise demandée par le président du Tribunal correctionnel, Denis Roucou, a jugé l'ex-comptable de 56 ans en «bonne santé», quoique sujette à «des tensions anxio-dépressives» et un «stress» directement lié à l'affaire. Elle sera donc entendue par visioconférence, l'expertise ayant estimé que venir à Bordeaux «pourrait être préjudiciable à sa santé».

En début de procès, la défense avait, en vain, saisi le tribunal d'un sursis à statuer, qui suspendrait le procès jusqu'à la fin de la procédure à Paris concernant Claire Thibout.

Témoin «fondamental» à charge mais à l'importance «démesurée» dans l'instruction, selon les avocats de la défense, elle sera donc confrontée, quoiqu'à distance, à ceux qu'elle accuse «d'abus de faiblesse». Un moment fort du procès sans doute, avant les expertises médicales examinées la semaine prochaine détenant, elles aussi, de vraisemblables clefs.