Procès Bettencourt: «Je ne l'ai jamais forcée à prendre une décision», dit Patrice de Maistre

JUSTICE L'ex-gestionnaire de fortune des Bettencourt est entendu ce mercredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Il est poursuivi pour abus de faiblesse et blanchiment...

E.P. avec AFP

— 

L'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, au tribunal de Bordeaux le 28 janvier 2015
L'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, au tribunal de Bordeaux le 28 janvier 2015 — Mehdi Fedouach AFP

Patrice de Maistre, 65 ans, poursuivi pour abus de faiblesse et blanchiment, a été entendu ce mercredi par le tribunal correctionnel. Il est notamment soupçonné d'avoir profité en 2010 de la vulnérabilité de la vieille dame dans le cadre d'une convention, signée entre sa société et Liliane Bettencourt, portant sa rémunération à 2 millions d'euros par an.

Sa rémunération a été multipliée par 4 en sept ans

A l'époque, «j'ai demandé à Liliane Bettencourt si elle était d'accord pour me rémunérer pour mon travail à sa Fondation et le travail que je faisais pour elle, de fait, depuis un certain temps», a expliqué l'ancien commissaire au compte. Il était entré au service de la milliardaire en 2003 avec un salaire initial de 500.000 euros en qualité de gestionnaire de Thétis et Clymène, deux sociétés chargées de gérer les dividendes générés par les actions de L'Oréal détenues par Liliane Bettencourt.

Plusieurs avenants avaient été signés, entre 2007 et 2009, entre la société de Patrice de Maistre et Liliane Bettencourt, établissant une progression de rémunération. En 2009, Patrice de Maistre avait, outre ses fonctions chez Thétis et Clymène, pris la tête de la Fondation Schueller-Bettencourt, «une fondation qui a pris beaucoup d'essor», avec quelque 700 millions d'euros d'actifs, a-t-il détaillé.

Il a justifié ces augmentations par l'importance des fonds qu'il avait à gérer et de sa charge de travail. L'ex-gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, a affirmé n'avoir jamais «forcé» la multimilliardaire pour une «décision», comme celle de quadrupler sa rémunération en sept ans.

«Elle est dans un monde différent du mien et du vôtre»

Interrogé sur la capacité de la multimilliardaire, âgée de 87 ans lors de la signature en 2010, de comprendre la teneur de ce contrat, Patrice de Maistre a concédé qu'«il y avait des jours, où elle était très fatiguée». Mais «quand elle était fatiguée, j'ai toujours dit "on reverra ça". Je ne l'ai jamais forcée à prendre une décision».

La santé de Liliane Bettencourt, «ça n'est pas tout blanc, ça n'est pas tout noir», a-t-il insisté. Elle n'était «pas toujours en pleine forme», mais elle n'était pas non plus «quelqu'un qui ne savait pas à qui elle s'adressait».

«Pour elle», cette rémunération, «ce n'était pas fou», a encore estimé l'ex-gestionnaire, rappelant au tribunal : «Liliane Bettencourt est dans un monde différent du mien et du vôtre. Elle est à la tête d'une immense fortune».

Patrice de Maistre est également poursuivi pour avoir obtenu de la milliardaire des largesses estimées à 8 millions d'euros ( 5 millions d'euros de dons et 3 millions de droits payés pour effectuer cette donation). Il est aussi soupçonné d'avoir bénéficié de sommes en liquide qu'il aurait remises à l'ex-ministre UMP Eric Woerth, ce que les deux hommes démentent.