Procès Bettencourt: La fille accable Banier, «un escroc qui brisait pour régner»

JUSTICE Le procès qui s'est ouvert à Bordeaux entendait ce vendredi Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de Liliane Bettencourt...

M.B. avec AFP

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Françoise Bettencourt-Meyers arrive au palais de justice de Bordeaux, le 28 janvier 2015
Françoise Bettencourt-Meyers arrive au palais de justice de Bordeaux, le 28 janvier 2015 — Mehdi Fedouach AFP

Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de la multimilliardaire héritière de L'Oréal, a dressé vendredi un impitoyable portrait de François-Marie Banier, ancien confident de sa mère poursuivi à Bordeaux pour abus de faiblesse, un «escroc» qui brisa une famille pour mieux y régner. Jeudi, c'était Patrice de Maistre, ex-gestionnaire de la milliardaire, qui était entendu.

«C'est une très longue histoire. Une histoire totalement invraisemblable», a prévenu d'emblée Françoise Bettencourt, 61 ans, partie civile devant le tribunal correctionnel de Bordeaux qui juge depuis lundi dix hommes pour abus de faiblesses, blanchiment ou recel au détriment de Liliane Bettencourt. François-Marie Banier, l'un des principaux prévenus, est notamment poursuivi pour des dons, donations, libéralités, contrats d'assurance-vie, dépassant 400 millions d'euros.

«Un besoin de tout savoir et de tout gérer» des affaires de Liliane Bettencourt

Son père (l'ex-ministre de Pompidou André Bettencourt) l'avait prévenue peu avant sa mort en 2007, dit-elle: «Banier est un escroc, un jour il y aura un procès. Nous y voilà.» Françoise Bettencourt a brossé deux heures et demie durant, d'une voix monocorde un peu lasse où la rancoeur se mêlait à la tristesse, un tableau assassin de celui qu'elle juge responsable, sur une quinzaine d'années, d'avoir éloigné sa mère d'elle pour mieux profiter de sa fortune. François-Marie Banier avait eu l'occasion de s'expliquer mercredi devant le tribunal.

Liliane Bettencourt, 92 ans, très affaiblie psychiquement et sous tutelle, est la grande absente du procès. «Elle souffre de sa pathologie sévère, mais elle est sereine», a précisé sa fille vendredi.

«Etait-elle sous emprise, sous influence, embobinée, ou les trois à la fois ?», s'est interrogée Françoise vendredi, décrivant «la présence montée crescendo», à partir de 1993, du photographe dans la maison Bettencourt. Et si elle confirme les «relations amicales» qu'il entretenait au début avec sa mère, elle souligne surtout «son besoin de tout savoir et tout gérer» de ses affaires.

«La devise de Banier, c'était briser pour régner»

Relancée par les questions précises du président Denis Roucou, Françoise Bettencourt a égrené les jalons de cette dérive: lorsque sa mère lui fait savoir qu'elle ne veut plus la voir ; lorsqu'un «mandat de protection future» (contrat choisissant la personne qui s'occupera des affaires de Liliane une fois que son état ne le lui permettra plus) est établi au profit du médecin Gilles Brücker, dès 2007, sans que la fille unique ne soit consultée ou informée.

«La devise» de Banier, «ce n'était pas diviser pour régner, mais briser pour régner, briser toute une famille! Une destruction programmée», a dit Françoise Bettencourt, expliquant avoir porté plainte contre X pour abus de faiblesse visant M. Banier en décembre 2007, après la mort de son père, pour «protéger» sa mère. Et pour que ses enfants «ne lui reprochent pas de n'avoir rien fait.»