Procès Bettencourt: Patrice de Maistre plongé malgré lui «dans un monde à part»

JUSTICE Patrice de Maistre, prévenu dans l'affaire Bettencourt, a été entendu par le tribunal ce jeudi...

E.P. avec AFP
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Patrice de Maistre, l'un des prévenus du procès Bettencourt, arrive au palais de justice de Bordeaux, le 27 janvier 2015
Patrice de Maistre, l'un des prévenus du procès Bettencourt, arrive au palais de justice de Bordeaux, le 27 janvier 2015 — Mehdi Fedouach AFP

Ce jeudi, c'était au tour de l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, 65 ans, prévenu dans le volet abus de faiblesses de l'affaire Bettencourt, de s'exprimer à la barre. Submergé par l'émotion à plusieurs reprises, il a étouffé des sanglots. Il a assuré avoir été plongé bien malgré lui dans les affaires personnelles, comptes cachés et «déchirures» d'une famille multimilliardaire vivant «dans un monde tout à fait à part».

Lui qui gérait la fortune de la femme la plus riche de France a de nouveau évoqué des rencontres, déjà révélées par des écoutes téléphoniques de 2009, avec l'ex-conseiller justice de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, au sujet de L'Oréal.

Selon lui, ces rencontres étaient mues par l'intérêt de l'Élysée pour l'«enjeu économique» national que représentait l'avenir du groupe de cosmétiques L'Oréal, sur fond de disputes mère-fille. Rencontres où il affirme aussi avoir appris à l'avance, de la bouche de Patrick Ouart, le classement d'une plainte de Françoise Bettencourt-Meyers, fille unique de Liliane Bettencourt.

Des comptes en Suisse depuis 50 ans

Patrice de Maistre, expert-comptable, commissaire aux comptes puis auditeur à succès, avait été recruté fin 2003 comme directeur-général de Thétys et Clymène, les sociétés gérant les dividendes tirés de L'Oréal par la famille Bettencourt.

A l'en croire, il s'est retrouvé à gérer bien plus que cela. Il décrit comment il se découvre peu à peu «dans une famille qui a des comptes en Suisse depuis 50 ans», d'autres à Gibraltar, qui achète une île seychelloise discrètement, possède un ranch aux États-Unis, des tableaux, etc.

Gérer cet argent dissimulé, «ce n'était pas le contrat de départ», s'est défendu Patrice de Maistre, qui dit n'en avoir eu «ni besoin, ni envie».

Aucun intérêt à la déchirure

Et d'enfoncer le clou sur la rupture entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, après la plainte en 2007 de cette dernière, à l'origine de l'affaire.

«Je n'avais aucun intérêt, que des inconvénients, à cette déchirure familiale » vécue comme un « coup de poignard» et une «déclaration de guerre» par la vieille dame, 11e fortune mondiale, explique-t-il.

Patrice de Maistre est jugé pour «abus de faiblesse» et «blanchiment»: il est soupçonné d'avoir abusé de la vulnérabilité de l'héritière de L'Oréal, aujourd'hui âgée de 92 ans et sous tutelle, pour des donations et obtention d'espèces totalisant plus de 12 millions d'euros. En 2012, il a passé près de trois mois en détention provisoire dans ce dossier.

Selon l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout -que le tribunal de Bordeaux espère entendre malgré un certificat médical-, Patrice de Maistre aurait aussi été l'intermédiaire qui «s'occupait des politiques». Il aurait notamment versé de l'argent en 2007 à Eric Woerth, alors trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. L'ancien chef de l'Etat, mis en examen en 2013, a bénéficié d'un non-lieu.

Gêné dans ses explications sur son rôle de gestionnaire, voire sur son patrimoine -11 millions d'euros à titre personnel, 14 millions professionnels, selon l'instruction-, Patrice de Maistre a paru en revanche à l'aise sur ses relations avec le politique, avouant son «admiration» pour Eric Woerth, à la campagne duquel il dit avoir contribué financièrement à titre personnel, comme à celle de Nicolas Sarkozy.

Dans un volet distinct du tentaculaire dossier Bettencourt, Patrice de Maistre et Eric Woerth doivent être jugés en mars pour trafic d'influence actif et passif, respectivement. Patrice de Maistre est soupçonné d'avoir fourni un travail à l'épouse d' Eric Woerth dans la société Clymène, en échange d'une légion d'Honneur, que lui remit le ministre.