Affaire Bettencourt: La personnalité de François-Marie Banier passée au crible

JUSTICE Le tribunal correctionnel de Bordeaux s’est intéressé à la vie du principal prévenu, ce mercredi matin…

Elsa Provenzano

— 

Francois Marie Banier devant le tribunal de Bordeaux.
Francois Marie Banier devant le tribunal de Bordeaux. — SIPA

Le tribunal s’est penché, ce mercredi, sur la personnalité de l’écrivain et photographe François-Marie Banier, le principal prévenu de l’Affaire Bettencourt dont le premier volet est jugé depuis lundi, par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Soupçonné d’avoir profité de sa proximité avec l’héritière de l’Oréal pour bénéficier de centaines de millions d’euros, il explique que c’est une relation d’amitié qui les lie et qu’elle a été une mécène pour lui.

Très loquace et à l’aise à la barre, François-Marie Banier, 67 ans, raconte qu’il est issu d’une famille bourgeoise. «Mon père était très conventionnel, sévère et gaulliste. Moi j’avais un tempérament créatif, en dehors des sentiers conventionnels», se souvient-il.  Après le lycée, il se confronte «à la vie réelle», en faisant coursier, libraire. «Vous habitiez quand même à ce moment-là chez vos parents dans le 16e arrondissement, avenue Victor-Hugo», précise le président du tribunal, Denis Roucou. «Oui, mais un 70 m2 pour cinq», rétorque le prévenu.  

Il côtoie des personnalités célèbres

«En 1969, j’ai publié un roman "Les résidences secondaires" et j’ai eu un certain succès, qui m’a valu la première page du Figaro. Sont alors venus à moi des gens qui faisaient le même métier», raconte François-Marie Banier. Il rencontre Françoise Giroud qui créera l’Express, Pierre Lazareff et a aussi été attaché de presse pour Pierre Cardin. «J’ai travaillé 14 heures par jour, pendant six à sept ans, à cette époque», souligne-t-il.

Il travaille également avec Yves Saint Laurent et Pierre Bergé: «J’ai inventé deux noms de parfum qui ont été les plus vendus au monde. Ils m’ont rapporté des royalties qui m'ont permis de voyager, d’acheter des appartements, une maison à la campagne», tient-il a précisé, avec emphase.

Il possède plusieurs appartements dans le 6e arrondissement et dispose au total de plus de 1.000 m2 à Paris (appartements, ateliers), de deux riads à Marrackech et d’une propriété dans le Gard, selon sa déclaration d’Impôts sur la fortune (ISF) de 2011. Il dispose aussi de nombreuses œuvres d’art, qu’il conserve dans des coffres de banque.

«Ils se sont autant insinués dans ma vie que moi dans la leur!»

Il rencontre pour la première fois Liliane Bettencourt en 1969, chez les Lazareff. Son premier livre de photos à paraître en 1987 est sponsorisé par la milliardaire. Et c’est l’année où paraît le célèbre portrait de l’héritière de l’Oréal dans le magazine Egoïste.

Soupçonné d’avoir exercé des pressions sur l’héritière de l’Oréal, notamment en étant très fréquemment à son domicile, le photographe a voulu montrer qu’il était très occupé par son travail d’artiste entre 2006 et 2009, la période à laquelle s’intéresse le tribunal. «J’ai écrit un roman, participé à un essai, réalisé 160.000 clichés, 3.400 photos peintes, des centaines de tableaux, de collages etc. Je ne pouvais pas être constamment là, cette présence insistante qui est décrite, c’est faux. Ils se sont autant insinués dans ma vie que moi dans la leur!».

Il rappelle qu’il gagnait sa vie avant que la milliardaire devienne son mécène et assure qu’elle avait toute sa tête au moment des faits reprochés. «L’image de pantin qu’on lui a faite est scandaleuse», s’irrite-t-il.

«J’ai les moyens pour que vous ne fassiez qu’écrire et photographier»

«Donnez tout à ce que vous faites, m’a-t-elle dit, j’ai les moyens pour que vous ne fassiez qu’écrire et photographier. C’est ce qui m’a permis d’avoir cette œuvre énorme. Il y a plein de toiles que je n’aurais jamais pu faire sans Liliane», rapporte le prévenu.

«Il veut se présenter comme quelqu’un qui n’est pas un homme d’argent. Lui ne parle que des choses de l’esprit», a ironisé Gérard Aldigé, le Procureur de la République adjoint.  

Deux amis du prévenu, la mère de Vanessa Paradis et Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre du Rond-Point à Paris sont ensuite venus témoigner à la barre.