Procès Bettencourt: Les avocats de la défense critiquent le déroulement de l'instruction

JUSTICE La défense estime que l'ordonnance de renvoi est à charge et ne permet pas de proposer un procès équitable aux prévenus...

Elsa Provenzano

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Le photographe François-Marie Banier (c) arrive le 26 janvier 2015 au Palais de justice de Bordeaux où commence le procès Bettencourt
Le photographe François-Marie Banier (c) arrive le 26 janvier 2015 au Palais de justice de Bordeaux où commence le procès Bettencourt — Mehdi Fedouach AFP

Au deuxième jour du procès Bettencourt à Bordeaux, qui juge dix prévenus pour abus de faiblesse au préjudice de la milliardaire Liliane Bettencourt, les avocats de la défense se sont succédé à la barre pour démontrer que l'instruction avait été menée à charge contre leurs clients. Ils ont demandé un sursis à statuer, c’est-à-dire que l'ordonnance de renvoi, qui constate l'achèvement de la procédure d'instruction, soit renvoyée devant le ministère public. Ce qui signifierait un report du procès.

Des pièces écartées du dossier, pour les avocats de la défense

«Entre 1995 et 2010, François-Marie Banier et Liliane Bettencourt ont échangé 2.000 à 3.000 courriers et faxs, précise maître Pierre Cornut-Gentille, un des avocats François-Marie Banier. Mais comme dans cette correspondance il n'y a pas d'argument de vulnérabilité, on a fait comme si elle n'existait pas».

Il pointe également le fait que la déclaration de Liliane Bettencourt, entendue le 13 mai 2008 lors de l'enquête préliminaire par un officier de la police judiciaire dit: «Ce montant est certes important mais cela m'a fait plaisir. Ma fille ne peut pas supporter Monsieur Banier, elle en est jalouse». Là encore, maître Pierre Cornut-Gentille déplore que cette déclaration ne figure pas dans l'ordonnance de renvoi.

Il fustige aussi des témoignages favorables à François-Marie Banier et écartés de l'ordonnance de renvoi. Il cite celui d'un maître d'hôtel qui a déclaré: «elle a toujours gardé son libre arbitre, elle savait dire non».

«Cette ordonnance de renvoi a bafoué, piétiné les principes élémentaires de notre code pénal, sans discernement aucun. Je n'ai jamais vu cela en 35 ans de métier», a surenchéri maître Pierre Haik, un des avocats de Patrice de Maistre.

«On a découvert par hasard, en lisant une dépêche AFP le 11 mars 2013, qu'en novembre 2012, Françoise Bettencourt [la fille de Liliane Bettencourt] avait consenti un prêt de 300.000 euros à Claire Thibout, un témoin à charge!», tempête-t-il en tapant du poing sur la table.

Claire Thibout, un témoin clé pour la défense

Maître Jacqueline Laffont, une des avocates de Patrice de Maistre, a insisté sur l'absence de l'ex-comptable pour justifier un report du procès: «Elle a été mise en examen pour faux-témoignage il y a peu de temps, et nous le regrettons. Le témoin principal dans cette affaire c'est Claire Thibout mais elle n'a manifestement pas très envie de venir témoigner devant le tribunal». Elle a aussi pointé le fait que si l'ex-comptable était déclarée coupable pour faux-témoignage, il y aurait contrariété de jugement.

En début d'audience, le président du tribunal Denis Roucou avait annoncé qu'une expertise médicale était demandée pour l'ex-comptable, afin que le tribunal sache s'il était possible qu'elle se présente entre le 2 et le 18 février, ou s'il était possible d'organiser une visio-conférence. Il a été demandé que le rapport de l'expertise soit rendu au 1er février. Claire Thibout a envoyé un certificat médical pour une durée indéterminée, avant le début du procès.