Charente Maritime : L'Ile de Ré pillée de ses pignons de pin

FAITS DIVERS Une association locale porte plainte contre X, suspectant un vaste trafic de pommes de pin vers l'Espagne...

E.P.

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Illustration de pommes de pin.
Illustration de pommes de pin. — SUPERSTOCKSUPERSTOCKSIPA

C'est la vigilance de l'association Ré Nature Environnement qui a permis de mettre à jour un trafic de pommes de pin sur l'Ile de Ré. Elles étaient transportées vers l'Espagne pour leur précieuse graine, le pignon, révèle le quotidien Sud-Ouest.

Depuis le mois d'octobre, l'association a mobilisé son réseau d'observateurs bénévoles, pour surveiller les camions qui vont et viennent à travers l'île chargés à ras bord de pommes de pin. Ils ont observé les collecteurs, toujours au nombre de deux, ratissant les bois, principalement dans le canton sud (Sainte-Marie, Rivedoux, La Flotte, Le Bois-Plage), mais aussi dans les forêts domaniales du canton nord, jusqu'aux Portes-en-Ré et le fameux bois de Trousse-Chemise.

Un ramassage intense, sept jours sur sept

«Des gars avaient été aperçus en train de glaner des pommes de pin il y a déjà trois ou quatre ans, mais c'était artisanal. Là, ce sont des équipes organisées qui ramassent les pommes ou vont les chercher directement dans les arbres, avec des gaules, et remplissent des sacs, se déplaçant avec un fourgon. Sept jours sur sept, en dormant à même le fourgon, ils chargent ainsi un camion qui part toutes les semaines vers l'Espagne», détaille Dominique Chevillon, président de Ré Nature Environnement, dans Sud-Ouest.

Le prix au kilo varie entre 80 et 120 euros

Ces cueillettes ont pour but d'approvisionner le marché espagnol qui se tourne de plus en plus,comme le Portugal,vers des productions locales. A la fin des années 2000, il a été prouvé que les pignons venant d'Asie étaient polluées par des mycotoxines susceptibles de provoquer une dysgueusie, altération du goût qui peut durer quelques jours.

«Les collecteurs ramassent des cônes de trois ans encore fermés, qui partent vers la Catalogne pour être mis à sécher», précise le président de Ré Nature Environnement. L’association qui a enquêté sur ce trafic estime à 25 tonnes par semaine la cueillette rétaise. Un marché fructueux, sachant que le prix au kilo varie entre 80 et 120 euros.

Une plainte contre X

Estimant que si le ramassage de pignons de pin n'est pas interdit en lui-même, il génère des dégradations et des perturbations, et qu'il se déroule sur des terrains privés, l'association a décidé de porter plainte contre X, de même que le Conseil général de la Charente-Maritime, propriétaire de parcelles boisées. Le Conservatoire du littoral et l'association Nature Environnement 17 devraient suivre.

«On pense que le pillage de nos ressources naturelles ne s'arrête pas là. Des plantes de bord de mer, comme l'immortelle des dunes, la criste marine et l'onagre, sont aussi cueillies pour être utilisées en pharmacologie ou en cosmétologie», lance le président de l'association dans le quotidien local.