Bordeaux: «Une avancée majeure contre la maladie de Parkinson»

SCIENCES Directeur de recherches Inserm à Bordeaux, les travaux d’Erwan Bézard sur la maladie de Parkinson cette année ont été salué par la communauté scientifique…

Mickaël Bosredon

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Erwan Bézard, directeur de recherches Inserm à Bordeaux, travaille sur la maladie de Parkinson
Erwan Bézard, directeur de recherches Inserm à Bordeaux, travaille sur la maladie de Parkinson — IMN/BORDEAUX

Directeur de l’Institut des maladies neurodégénératives (IMN, CNRS/Université de Bordeaux), Erwan Bézard a profité du lancement des travaux d’un Neurocampus à Bordeaux, ce lundi, pour faire un point sur l’état de la recherche contre les maladies neurologiques. Plusieurs chercheurs bordelais ont permis des avancées majeures ces derniers temps, notamment contre Parkinson.

Les travaux menés à Bordeaux sur les maladies neurologiques ont permis des avancées marquantes concernant des maladies comme Alzheimer ou Parkinson. Vous êtes aujourd’hui capables de déterminer si une personne est susceptible de développer Alzheimer?

Les travaux des professeurs Amiéva et Dartigues ont permis d’étudier le déclin cognitif sur une importante cohorte de personnes, dites «saines», et durant plusieurs années. En clair, ils ont réalisé des tests cognitifs, assez basiques, il y a une quinzaine d’années, et une partie significative des personnes qui présentaient des altérations a développé plus tard la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, sur la base d’un simple test, nous sommes en effet en mesure de dire si une personne, dès l’âge de 50 ans, est plus exposée qu’une autre à développer la maladie. Ce qui est relativement angoissant, puisqu’il n’existe aucun traitement de la maladie.

Il n’y a pas d’avancées concernant un éventuel traitement?

Nous travaillons au développement d’un traitement, mais les essais cliniques ont pour l’instant échoué. Disons pour être précis que ce traitement a réussi à diminuer le nombre de plaques amyloïdes (ces plaques se forment entre les neurones et sont le marqueur de la maladie) chez le patient, mais n’a pas freiné pour autant le développement de la maladie. En revanche, le  jour où le traitement existera, les tests cognitifs permettront de déterminer qui y est éligible, avant même d’avoir développé la maladie. C’est notre leitmotiv: traiter les patients, avant même qu’ils ne soient des patients.

Sur Parkinson, où en est la recherche?

Pour Parkinson nous sommes plus avancés. Avec le docteur Dehaye, notre laboratoire a démontré un mécanisme de mort des neurones par contamination. Nous avons découvert que l’injection de petites quantités dans le cerveau d’animaux de la forme humaine «malade» d’une protéine déclenche la neurodégénérescence associée à la maladie de Parkinson. Ceci ouvre la voie à une possibilité de retirer de l’organisme les espèces susceptibles de véhiculer le message pathologique. C’est une des grandes avancées de l’année concernant les maladies neurologiques. Elle a fait l’objet d’une publication, qui a été désignée par l’Académie américaine de neurologie meilleur article scientifique de l’année.

On peut donc espérer un traitement rapidement?

Cela laisse espérer l’identification de cibles thérapeutiques. Mais le temps de la recherche, c’est dix à quinze ans. Et il y a aussi le temps, incompressible, de la validation des essais cliniques chez l’homme. Heureusement qu’il y a ces délais, car il faut s’assurer de la sécurité des patients, et que le traitement ne soit finalement pas plus nocif que la pathologie.