Bordeaux: Un psychiatre a imaginé un serious game pour communiquer avec les ados

INTERVIEW Le docteur Xavier Pommereau, psychiatre spécialisé dans les maux de l'adolescence, a participé à la création d'un simulateur de comportement adolescent en situation de crise, appelé Clash Back...

Elsa Provenzano

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Xavier Pommereau, psychiatre.
Xavier Pommereau, psychiatre. — Interactive Situations.

Difficile pour les ados de parler d'eux et de leur mal-être. Avec l'appui technique de la start-up Bordelaise Interactive Situations, et le soutien de la Région, le psychiatre Xavier Pommereau, chef du Pôle Aquitain de l'adolescent au centre Abadie du centre hospitalier de Bordeaux, a imaginé un jeu pour améliorer le dialogue entre les ados et les adultes.

De quel constat est partie l'idée de développer un Serious Games ? 

Les ados d'aujourd'hui, je les appelle les ados.com, ils sont hyperconnectés. Et le souci que beaucoup de professionnels rencontrent (des soignants, des éducateurs) mais aussi des parents c'est qu'ils se racontent davantage par ce qu'ils montrent que par ce qu'ils disent. Ce sont des enfants de l'image. Les entretiens face à face avec un psy, ils détestent. Ils ont l'impression de subir un interrogatoire. On a donc pensé à changer nos méthodes en proposant de supports pour qu'ils puissent parler d'eux.

Comment se déroule le jeu? 

Dans le premier épisode de Clash-back appelé «Tattoo or not tattoo», on suit Chloé, une jeune fille de 16 ans de style gothique qui a super envie d'avoir un tatouage. On a testé le jeu sur 500 adolescents et ils se sont tous retrouvés dans ce personnage. Le jeu commence un vendredi soir, Chloé va discuter avec son père qui mange une pizza dans la cuisine. Elle veut obtenir l'autorisation de se faire tatouer une salamandre sur la hanche gauche, le lendemain. L'ado qui est dans la peau de Chloé a le choix entre plusieurs phrases à adresser au père. On a mis trois ans à construire le jeu et l'arborescence des dialogues est très importante : on peut mentir, être hypocrite etc. Mais on ne peut pas faire trop le malin non plus, au bout de quelques répliques hypocrites, le père répond «tu me caches quelque chose».

Comment se termine la partie et qu'apporte-t-elle à la relation avec l'adolescent? 

A la fin de la partie, un portrait du joueur est dressé en fonction de ses réponses (sincérité, adaptabilité, analyse de la situation, expression émotionnelle, maîtrise de soi). J'assiste à la partie et le bilan est commenté par mon avatar dans le jeu. L'objectif est de détendre l'atmosphère, de dédramatiser et de faciliter les échanges.C'est ludique et en même temps cela leur permet d'exposer des choses sur eux.

Le Serious Game vise les ados de 13 à 20 ans. Les plus âgés ne risquent-ils pas d'avoir quelques réticences? 

C'est davantage un simulateur de comportement adolescent qu'un serious game. Il n'est surtout pas moralisateur, il n'y a pas de parti pris. Sur les 500 ados qui ont testé le jeu, aucun ne l'a lâché en route.

Quand le premier épisode sera-t-il disponible? 

«Tattoo or not tattoo» sort en ligne le 24 novembre, il sera possible de l'acheter en ligne sur: www.clash-back.com. Le prix d’achat, pour l’offre individuelle, est de 38€ (épisode à 29€ + abonnement 9€ compris). On sortira un nouvel épisode dans lequel Guillaume est convoqué par son lycée pour trafic de shit.

Présentation du jeu en avant-première

Ce vendredi à 19 h 30, Xavier Pommereau vient présenter le premier épisode de Clash Back à l'espace parentalité de Cap Ouest, à Saint-Médard-en-Jalles. www.saint-medard-en-jalles.fr