«C'est une grosse revanche»

INTERVIEW Jean-François Taris. Ostréiculteur à Gujan-Mestras, a reçu le prix d’excellence au Salon de l’agriculture.

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Jean-François Taris

Ostréiculteur à Gujan-Mestras, a reçu le prix d’excellence au Salon de l’agriculture.

A l’automne, vos bassins étaient sous scellés, vos huîtres étant suspectées d’avoir causé deux décès. Dans ce contexte, que représente votre récompense ?

Je reçois cette médaille à titre personnel et collectif, pour la profession. Cela veut dire que l'huître d'Arcachon est à la pointe de la qualité.

Une belle revanche après les interdictions de vente subies en 2006 ?

C'est une grosse revanche ! Celle de professionnels attachés à la qualité, face à des scientifiques tout-puissants. L'an dernier, on nous a mis en porte-à-faux par rapport à la qualité de nos produits. Or, personne n'a apporté la preuve que nos huîtres étaient responsables de quoi que ce soit. Et personne ne s'est excusé du mal qu'on a pu nous faire. Le salon est un concours très difficile et l'ostréiculture arcachonnaise a été primée à plusieurs reprises. En ce qui me concerne, c'est ma cinquième médaille.

Cette récompense vous a surpris ?

Je m'attendais à mieux ! J'ai eu la médaille de bronze alors que je visais l'or. Mais un autre professionnel m'a surclassé, même si j'étais sûr de moi. Cela dit, je n'ai pas été surpris qu'Arcachon remporte neuf médailles : trois or, trois argent et trois bronze.

Craignez-vous de nouvelles interdictions de vente cette année ?

Oui, car les dernières nouvelles ne sont pas très bonnes. Notre responsable était à l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) la semaine dernière. Ces gens restent sûrs de leur fait par rapport au test souris, que nous contestons. Ils disent qu'il doit durer 24 heures, alors que nous et d'autres scientifiques pensons que 5 ou 8 heures suffiraient. Nous avons donc un gros risque de fermeture. L'ostréiculture fait pourtant vivre de nombreuses familles sur le bassin. J'ai moi-même six employés. Ceci dit, je me demande si l'ostréiculture ne constitue pas pour l'Afssa un gros fonds de commerce.

C’est-à-dire ?

Pour étudier les causes de la mort des souris, l'Afssa vient d'obtenir un programme de travail de trois ans, avec 1,4 million de budget de l'Etat et 2,5 millions de la région. Ils n'auront pas de problèmes financiers pendant trois ans, ce qui ne sera pas notre cas.

Avez-vous été indemnisé pour le préjudice lié aux fermetures ?

Nous avons reçu une indemnisation au titre de calamité agricole, qui compense un manque de naissains [larves d'huîtres] sur l'année précédente. Mais pour les fermetures liées à une hypothétique toxine, qui reste inconnue à ce jour, nous n'avons pas touché un seul centime ! On nous a juste accordé des crédits à taux zéro. Et je traiterai de menteur toute personne qui prétendra le contraire.

Recueilli par Marion Guillot