Bordeaux: Le financement du nouveau stade attaqué devant le conseil d’Etat

FINANCES L’opposant PS Matthieu Rouveyre poursuit son combat contre le partenariat public privé du nouveau stade de Bordeaux, et espère faire fléchir le maire Alain Juppé. Tout ce qu’il faut savoir sur ce dossier, point par point…

Mickaël Bosredon

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Le Nouveau stade Bordeaux vu du ciel, avec le Lac en arrière-plan.
Le Nouveau stade Bordeaux vu du ciel, avec le Lac en arrière-plan. — Philippe Caumes

Où en est le dossier juridique du Grand Stade? L’élu d’opposition PS Matthieu Rouveyre avait déjà déposé un recours devant le tribunal administratif, puis à la cour administrative d’appel. L’élu a été débouté les deux fois, mais «le rapporteur public nous a rejoint sur un grand nombre de points, notamment sur le fait qu’il fallait revenir sur l’accord autonome, très avantageux pour les banques et les partenaires privés», relève Matthieu Rouveyre. Les questions financières réglées, le recours a pu être déposé ce mardi.

Pourquoi un recours devant le Conseil d’Etat? Matthieu Rouveyre espère évidemment faire annuler le contrat de partenariat public privé, et que cela fasse jurisprudence. «Mais ce recours, dont le délai pourrait aller jusqu’à 18 mois, a aussi vocation à continuer à mettre la pression sur Alain Juppé pour qu’il renégocie ce contrat. Nous surfons sur sa position de candidat à la présidentielle, en nous disant que les entreprises concernées [Vinci et Fayat] n’ont pas forcément envie de se fâcher avec un éventuel futur président de la République.»

Quel est le coût réel du nouveau stade? L’élu régional Patrick du Fau de Lamothe, qui s’est joint à l’action de Matthieu Rouveyre, calcule que le coût total du contrat est de 547,1 millions d’euros. Pour arriver à ce chiffre, il additionne le coût de construction-conception (207,7 millions d’euros), les «frais financiers» durant la construction (10 millions), ainsi que les redevances qui devront être payées durant les 30 ans du contrat: les intérêts d’emprunt (137,3 millions au total), les frais de «gros entretien et renouvellement» (37,5 millions), l’exploitation et maintenance (43,9 millions), la gestion (29,9 millions), et les impôts (79,6 millions). «Il a été en effet décidé que les impôts et taxes du partenaire privé seraient pris en charge par la municipalité», s’étrangle le conseiller régional.

Comment sont financés ces 547,1 millions d’euros? 95 millions d’euros proviennent de subventions: 58 millions d’euros de subventions publiques (CUB, Région et Etat), 20 millions d’euros des Girondins, qui sont une avance de loyer, et 17 millions de la ville. Là-dessus, les Girondins verseront un loyer de 3,850 millions d’euros par an sur 30 ans, et la société Stade-Bordeaux-Atlantique (émanation du groupement Vinci-Fayat) 4,485 millions d’euros par an, puisqu’elle pourra utiliser l’enceinte pour organiser des spectacles. «Il reste un loyer de 6,7 millions d’euros par an à la charge de la ville», explique Patrick du Fau de Lamothe, qui souligne que «l’apport public représente au total 50,7% contre 49,3% de contributions privées.»

Que contestent les opposants? C’est cette somme de 6,7 millions d’euros par an, soit 219,1 millions d’euros, que les opposants veulent «récupérer»: «On ne va pas revenir sur les 95 millions d’euros de subventions, explique Patrick du Fau de Lamothe, mais que l’on sorte de ce contrat qui nous lie pendant 30 ans, avec tous les risques que cela représente.» Pour Matthieu Rouveyre, «il n’est pas normal qu’une collectivité paye pour du foot professionnel. Nous voulons que ces 6,7 millions d’euros par an servent à autre chose, construire des crèches, des gymnases...» Le club des Girondins «a le droit de vouloir un outil de travail moderne, ajoute Patrick du Fau de Lamothe, mais qu’il se le paye.»