Bordeaux: Les usagers du tram incités à privilégier la marche

MOBILITE Une expérience de l’Institut Forum Vies Mobiles va être menée à partir du 16 septembre à Bordeaux, incitant notamment les usagers prenant le tram pour seulement deux stations à privilégier la marche…

Mickaël Bosredon
— 
Une expérience vise à privilégier la marche dans l'hyper-centre de Bordeaux
Une expérience vise à privilégier la marche dans l'hyper-centre de Bordeaux — M.Bosredon

Inciter les usagers du tramway de Bordeaux à privilégier… la marche. L’idée peut paraître absurde, mais l’enjeu est de taille.

L’institut Forum Vies Mobiles va lancer à Bordeaux, à partir de demain mardi 16 septembre, et durant un mois, une expérimentation unique en France qui invite les utilisateurs des transports en commun à privilégier la marche. Forum Vies Mobiles a été sollicité par deux jeunes chercheurs, Stéphane Malek, géographe, et Lucas Delafosse, paysagiste. En partenariat avec l’agence de la communauté urbaine de Bordeaux A’Urba, et Kéolis (l’exploitant du réseau de transport TBC), ils vont faire de l’agglomération de Bordeaux leur terrain d’expérience.

«Surévaluation du temps de trajet à pied»

«L’idée générale va dans le sens des travaux de Forum Vies Mobiles qui consistent à intégrer la marche, qui est le début et la fin de tout mode de déplacement, au milieu de la chaîne de mobilité, articulée aux transports en commun», explique Bernard Emsellem, président de Vies Mobiles. Le public visé est celui qui, dans l’hyper-centre de Bordeaux prend le tram, notamment quand il est en correspondance aux arrêts Hôtel de ville et Mériadeck. Selon des statistiques de Kéolis, plus d’un quart des passagers monteraient à ces arrêts pour effectuer seulement deux stations.

Stéphane Malek, l’un des deux chercheurs associés à l’expérience, a réalisé une étude de trois mois sur le réseau bordelais. La conclusion est qu’il «n’y a pas de perte de temps dans un trajet à pied correspondant à deux stations si l’attente du tram est supérieure à quatre minutes.» En revanche, il y aurait, dans «l’inconscient collectif», une «surévaluation du temps de trajet à pied et une sous-évaluation du temps de trajet en tram, car les gens excluent généralement le temps d’attente aux arrêts.» De plus, «le tram est perçu comme plus confortable: on n’a pas à réfléchir quand on monte dans une rame, alors que la marche demande davantage de réflexion sur la destination où l’on va.»

«On joue sur le côté découverte du quartier»

L’expérimentation qui sera menée à Bordeaux consistera donc à diffuser, à la station Hôtel de ville notamment, des messages du style: «Si vous allez à Mériadeck, pensez à marcher». Sur certaines stations de correspondance des indications de temps seront données aux usagers. Nous distribuerons aussi des plans pour pouvoir se guider facilement.»

«Le message que l’on veut faire passer, insiste Bernard Emsellem, c’est: «Essayez d’être malin, regardez bien, dans certaines circonstances, c’est plus rapide d’opter pour la marche.» On joue aussi sur le plaisir, sur le côté découverte du quartier.»

«On n’incite pas à abandonner les transports en commun»

«Tout l’enjeu, ajoute Stéphane Malek, est de bien présenter les choses car nous sommes face à des personnes qui ont payé leur abonnement ou leur ticket de transport. Il faut donc leur expliquer que, à un moment donné de leur déplacement, c’est plus simple pour eux d’opter pour la marche et que cela contribue en plus à améliorer le fonctionnement de l’ensemble du réseau. Mais il ne s’agit évidemment pas de les inciter à abandonner les transports en commun.»

Du côté de Kéolis, qui doit faire face à une augmentation constante de la fréquentation du tram (+2% encore sur la dernière année), l’enjeu est de désaturer les rames aux heures de pointe. «Du point de vue du géographe que je suis, précise Stéphane Malek, je n’ai pas d’attente par rapport à ce projet. C’est une expérimentation. En revanche, du côté de la TBC, il est évident que si seulement 5% des usagers sont convaincus d’opter pour la marche plutôt que de faire deux stations, cela permettra déjà de libérer de l’espace dans les rames.»

L’expérimentation, menée durant la semaine de la mobilité, ne concernera pas que Bordeaux, mais également la ville d’Eysines. Là, il s’agira, au contraire, de convaincre des automobilistes qui utilisent leur véhicule pour faire un trajet, notamment vers l’hôpital Pellegrin ou Bordeaux centre, de prendre les transports en commun, en l’occurrence le bus, en combinaison avec la marche. Des panneaux indicateurs seront installés aux principales stations.