Un siècle après, Bordeaux se souvient avoir été capitale de la France durant quelques semaines

COMMEMORATION Une plaque a été dévoilée ce mercredi matin rue Vital-Carles, en souvenir de l’installation du président Poincaré et de son gouvernement dans la ville durant une partie de la Première guerre mondiale…

Mickaël Bosredon

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Cérémonie commémorative de la Première guerre mondiale, le 3 septembre 2014 à Bordeaux
Cérémonie commémorative de la Première guerre mondiale, le 3 septembre 2014 à Bordeaux — M.BOSREDON

C’est un fait d’histoire «méconnu des Bordelais», selon le préfet Michel Delpuech, qui a été rappelé ce mercredi. Le 3 septembre 1914, le Président de la République Raymond Poincaré venait s’installer, avec le gouvernement, à Bordeaux. Il prenait ses quartiers dans l’enceinte de la résidence préfectorale, à l’hôtel de Nesmond, au 17 bis rue Vital-Carles

Qu’est ce qui a justifié cette décision? «Les troupes du Kaiser étaient tout proches de la capitale, et le Commandement en chef n’était plus sûr de pouvoir empêcher que Paris soit pris, surtout si le gouvernement y demeurait» a rappelé le préfet dans son allocution, ce mercredi matin. Une plaque commémorative a été dévoilée à l’occasion.

«Bordeaux était durant cette période une ville de plaisir»

Le gouvernement est resté sur place jusqu’au 8 décembre 1914, mais le ministère de la Guerre ne se repliera à Paris qu’en janvier 1915. Les ministères s’étaient répartis dans la ville: La Guerre dans les locaux de la faculté des Lettres et des sciences, cours Pasteur (actuel musée d’Aquitaine), la Marine à l’Ecole de Santé navale, cours Saint-Jean (aujourd’hui cours de la Marne), l’Intérieur à la préfecture, rue Esprit-des-Lois, la Justice au palais de justice, les Affaires étrangères place Bardineau. Raymond Poincaré a tenu durant cette période un conseil des ministres chaque matin, dans le grand salon du rez-de-chaussée de l’hôtel de préfecture.

Bordeaux regorgeait de monde à ce moment là. On estime que l’arrivée du gouvernement a généré l’arrivée de plus de 20.000 personnes supplémentaires dans la ville. «Une cohorte de gens dont les comportements sont peu en adéquation avec le contexte» rappelle l’exposition organisée à l’hôtel de Nesmond. Des observateurs dénoncent à l’époque ces attitudes, décrivant «des restaurants bondés où il est impossible de se faire servir», «une ville en fête.» Même Poincaré dans ses souvenirs, raconte que « M.Paul Deschanel (président de la chambre des députés à ce moment, il deviendra Président de la République en 1920 durant quelques mois, NDLR), qui vient à la préfecture plusieurs fois par jour, me dit que Bordeaux, envahi par des Parisiens de tout genre, ressemble à une ville de plaisir, et que des ministres donnent eux-mêmes un lamentable spectacle en dînant avec des actrices dans des restaurants.»

«Poincaré lui-même n’aurait pas souhaité cette cérémonie»

«Poincaré lui-même, à coup sûr, n’aurait pas souhaité» cette cérémonie cent après, estime Michel Delpuech. Dans ses correspondances, le président de la République décrit cet exode comme un jour sombre, car il était opposé au départ de Paris. Mais le préfet estime qu’il est «nécessaire de rappeler aux Bordelais et aux Girondins cette page peu connue de leur histoire, et de leur faire connaître un lieu, cet hôtel de Nesmond qui est un des joyaux de leur patrimoine.» Accueillant une exposition sur l’installation du gouvernement à Bordeaux, le site sera ouvert au public jusqu’au 21 septembre, tous les après-midis de 15h à 17h, et les 20 et 21 septembre de 14h à 17h.

«La deuxième raison pour organiser cette cérémonie était d’en faire le coup d’envoi des commémorations de la Première guerre mondiale en Gironde.» Bien que le département n’ait pas été un théâtre de guerre, 9.000 Bordelais, soit plus d’un homme sur quinze, et 22.634 Girondins ont perdu la vie durant le conflit.