Bordeaux : Une avancée pour vérifier la provenance des chênes utilisés en tonnellerie

VIN Des chercheurs de l'institut national de la recherche agronomique (INRA) Bordeaux-Aquitaine ont mis au point un nouveau procédé pour contrôler l'origine des chênes utilisés en tonnellerie...

Elsa Provenzano

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A Bordeaux, juin 2014, les tonneaux entreposes sur les quais a l'occasion de la fete du vin
A Bordeaux, juin 2014, les tonneaux entreposes sur les quais a l'occasion de la fete du vin — E.Provenzano / 20 Minutes

La composition des tonneaux est un sujet sensible, en particulier pour les grands domaines viticoles qui veulent garantir à leurs clients un élevage en fûts de chêne français, le plus réputé, notamment parce qu’il donne des vins plus structurés et plus tanniques. «Les chênes utilisés en tonnelleries sont de beaux arbres centenaires et les parcelles ne sont pas extensibles», précise Erwan Guichoux, chercheur à l’INRA et copropriétaire (avec Rémy Petit) du brevet d’une nouvelle méthode de traçabilité géographique des bois de chêne, à partir de marqueurs génétiques. Un dispositif présenté comme une avancée pour la filière, notamment parce que, depuis plus d’une dizaine d’années, des chênes originaires d’Europe de l’est et d’Amérique sont arrivés sur le marché, et parfois vendus comme des chênes français.

Des tests de conformité proposés dès septembre

L’INRA a travaillé sur la diversité génétique des chênes à l’échelle européenne et dispose ainsi de cartes de référence permettant de faire des tests de conformité sur la provenance des bois. «L’institut travaille sur les marqueurs génétiques depuis une bonne vingtaine d’années mais les évolutions technologiques récentes ont permis de développer des marqueurs plus puissants. On connaît presque le génome complet du chêne, ce dont on ne disposait pas il y a dix ans», explique Erwan Guichoux. Une étude pilote, réalisée sur le stock de bois d’un tonnelier qui souhaite garder l’anonymat, s’est révélée concluante et le professionnel a eu «quelques petites surprises», glisse le chercheur. Dès septembre, tonneliers et viticulteurs pourront faire analyser des échantillons de bois, en passant par l’institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement (FCBA).

Une partie des tonneliers sceptiques

«La majorité des tonneliers produit et achète du bois en direct avec une parfaite traçabilité. Pour ces professionnels, le nouveau dispositif de marquage génétique serait un coût en plus pour rien», estime Eric Barthe, président de la commission communication de la fédération des tonneliers de France. «On a déjà des bureaux de contrôle de qualité et nos propres scieries mais c’est une avancée, cela va permettre d’assainir la filière», nuance Serge Maury, responsable de la tonnellerie bordelaise Maury. Le dispositif conçu par l’INRA pourrait davantage intéresser les petits tonneliers: «Avant, les tonneliers étaient pieds et poings liés aux fournisseurs mais, depuis dix ans, on assiste à une accélération du phénomène d’acquisition de mérranderies (scieries) par les plus gros (à partir de 20 000 fûts)», analyse Eric Barthe. «On va proposer une gamme de services et voir comment réagissent les tonneliers. Quand on ne se pose pas de questions on a l’impression que cela va de soi, mais il peut y avoir des prises de conscience au sein de la filière», avance Luc Harvengt, responsable scientifique en biotechnologie à l’institut FCBA.