L’Histoire antique a rendez-vous à Bordeaux

SCIENCES Des spécialistes internationaux de l’Antiquité se réunissent à Bordeaux durant une semaine. L’occasion pour les chercheurs et universitaires de la ville de mettre en avant leurs dernières découvertes allant de la préhistoire au Moyen-Âge…

Mickaël Bosredon

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Peintures d'animaux sur les parois de la Grotte Chauvet, à Vallon-Pont-d'Arc, le 13 juin 2014
Peintures d'animaux sur les parois de la Grotte Chauvet, à Vallon-Pont-d'Arc, le 13 juin 2014 — Jeff Pachoud AFP

Bordeaux va devenir, le temps d’une semaine, capitale mondiale des «Classical Studies.» Entendez par là l’ensemble des disciplines qui constituent la recherche en archéologie, antiquité, protohistoire, lettres anciennes...  La ville accueille du 25 au 30 août le 14ème congrès de la Fédération internationale des associations d’études classiques (Fiec).

Quelque 400 chercheurs et spécialistes du monde entier seront réunis pour donner des conférences sur dix-sept thématiques. Parallèlement à ces événements réservés aux inscrits, deux conférences seront ouvertes au grand public, jeudi 26 août à l’Athénée municipal de Bordeaux: «La découverte du forum de Carthage sous la conduite de Saint-Augustin», par le professeur Pierre Gros de l’université d’Aix-Marseille (15h30), et «A quoi sert l’archéologie?» par le professeur Jean-Pierre Demoule de Paris-I (16h30).

«Une formidable opportunité pour la ville»

Organisé par l’université Bordeaux-Montaigne et l’Institut Ausonius, cet événement est «une formidable opportunité pour la ville de Bordeaux», insiste Sophie Gotteland, secrétaire générale du comité d’organisation de ce forum. «Il va donner aux universitaires et aux chercheurs bordelais une visibilité internationale, et les sommités du monde entier qui seront présentes pourront découvrir Saint-Emilion et le Bordeaux historique à travers deux excursions, ce qui leur montrera les richesses de la ville et de sa région.»

Surtout, ce sera l’occasion de montrer l’approche originale de l’Institut Ausonius. Créé en 1995 à Bordeaux, ce laboratoire de recherche rattaché à l’Université de Bordeaux et au CNRS rassemble des spécialistes du monde de l’Histoire, de l’Antiquité, de l’Archéologie ou encore des Lettres anciennes, «qui travaillent tous main dans la main, quand le système scolaire a une tendance à séparer ces disciplines», souligne encore Sophie Gotteland.

Un Laboratoire d’excellence à Bordeaux

«En France, quand on fait du Grec ou du Latin, c’est d’abord pour connaître les origines de la langue française, ajoute Valérie Fromentin, professeur de Langues et de Littérature grecque, et ancienne présidente d’Ausonius. Nous sommes davantage favorables à une association des lettres classiques avec l’archéologie, une approche plutôt anglo-saxonne. C’est pourquoi à Ausonius, nous pouvons dire que nous faisons du «Classical Studie» depuis vingt ans…»

Dans le cadre du projet LaScArBx (Laboratoire d’Excellence Sciences Archéologiques de Bordeaux), amorcé en 2011 pour une durée de dix ans, l’université de Bordeaux va encore plus loin. Ausonius a été associé à deux autres laboratoires de recherche bordelais, Pacea (De la Préhistoire à l’Actuel: Culture, Environnement, Anthropologie) et Iramat (spécialiste dans la datation des archéomatériaux) dans le but de «couvrir un panel encore plus large des sciences du passé en associant des disciplines comme la biologie et la géologie, dans une période allant de la fin de la préhistoire au Moyen-Âge» s’enthousiasme Valérie Fromentin, désormais coordinatrice du LaScArBx.

Un micro-scanner pour radiographer en 3D des os ou des matériaux

Cette nouvelle association de compétences devrait notamment permettre des révélations sur l’occupation de l’estuaire de la Gironde durant la période allant du 3ème au 1er millénaire avant J.-C. «Nous pensions jusqu’ici que l’estuaire était une zone relativement peu habitée ; il s’avère au contraire qu’il s’agissait sans doute d’une zone refuge pour les populations. Ces révélations ont été possibles en croisant nos données (sépultures, restes humains…) avec des données climatiques» indique Valérie Fromentin.

Le Labex a également permis l’achat de nouveaux matériels, comme ce micro-scanner, «de la taille d’une Twingo (sic)», «qui va nous permettre de radiographer en 3D des strates osseuses ou des matériaux féreux d’une manière beaucoup plus fine qu’avec les appareils anciens. » D’un coût de 300.000€, cet appareil quasiment unique a été acquis il y a quelques mois et devrait bientôt donner ses premiers résultats.

La tracéologie, l’avenir de la discipline

L’imagerie 3D est l’avenir de la discipline. «C’est grâce à cette technologie que nous pouvons par exemple analyser les traces laissées sur les parois de grottes très sensibles, comme la grotte Chauvet ou celle de Cussac, sans altérer ces sites patrimoniaux, et avec un bien meilleur résultat qu’une observation à l’œil nu» souligne encore Valérie Fromentin.

Appelée tracéologie, cette science en pleine expansion devrait notamment permettre de déterminer avec exactitude le but des feux réalisés dans ces grottes préhistoriques.