A Bordeaux, les intermittents « ne jouent plus »

SOCIAL Ce lundi, jour de grève nationale des intermittents du spectacle, 500 d’entre eux ont manifesté à Bordeaux, où une quinzaine de compagnies et plusieurs théâtres rejoignent le mouvement...

B. Morthymen / 20 minutes
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Environ 500 intermittents du spectacle ont manifesté à Bordeaux, place des Quinonces. 
 
Environ 500 intermittents du spectacle ont manifesté à Bordeaux, place des Quinonces.   — B. Morthymen

« Bordeaux doit apparaître sur la carte ! » Mégaphone en main, un membre du collectif des intermittents du spectacle donne ses instructions pour la « méga photo solidaire ». Sur les marches du monument rendant hommage aux révolutionnaires Girondins, environ 500 manifestants lèvent le poing. Puis, pour les besoins d’une photo aérienne prise par un drone, ils prennent la pose au centre de la place des Quinconces : ils se masquent les yeux, puis s’allongent par terre.

L’initiative est l’évènement le plus important organisé à Bordeaux depuis le démarrage de la grève par la coordination des intermittents. Elle doit permettre de donner davantage de visibilité aux intermittents, qui seraient 5000 en Aquitaine, dont la moitié en Gironde.

«Ouvre le chien» aboie

Après plusieurs spectacles chahutés ou annulés la semaine dernière à Bordeaux, après avoir interpellé Alain Juppé samedi dernier, le mouvement s’amplifie contre la réforme du régime d’indemnisation, signée par le Medef et plusieurs syndicats (sauf la CGT et Sud, très actives dans la lutte).

Une quinzaine de compagnies ont cessé le travail, notamment « Ouvre le chien », dirigée par Renaud Cojo : « On doit s’accrocher pour éviter que de plus en plus d’artistes et de techniciens ne soient condamnés à la précarité. A chacun de prendre ses responsabilités. Nous, nous venons d’annuler une résidence à Paris, au théâtre de la Villette. » Depuis la semaine dernière, une dizaine de dates ont été annulées, ou vont l’être.

Plusieurs théâtres locaux, dont le Glob ou les Marches de l’été, au Bouscat, ont fermé leurs portes. Pendant la manifestation, une délégation d’intermittents est reçue à l’Opéra, ou doit prochainement avoir lieu le ballet Don Quichotte.

Ecran noir à l’Utopia, solidaire

Lorsque le cortège des intermittents passe devant L’Utopia, son directeur, Patrick Troudet, reçoit un déluge d’applaudissements en annonçant que son cinéma serait lui aussi fermé ce mardi en signe de solidarité : « Nous ne sommes pas concernés directement, mais le public doit réaliser que les intermittents sont indispensables à la production et au tournage des films. C’est le seul geste qu’on puisse faire ».

« François, si tu signes, j’annule tout ! », scandent les intermittents, qui espèrent toujours de le ministre du Travail, François Rebsamen, ne valide pas l’accord du patronat et des syndicats. Las : la nouvelle circule vers 14h que le gouvernement approuvera le texte. « Ca va péter ! » lancent aussitôt les manifestants. Certains organisateurs se demandent comment faire converger avec les cheminots et d’autres salariés en lutte. D’autres redoutent qu’à la veille du festival d’Avignon, des luttes fratricides ne divisent le monde artistique.