En Gironde, les carrelets repêchés à la dernière minute

PATRIMOINE Ces cabanes de pêche traditionnelles des bords de Garonne et de Dordogne, étaient menacées suite à une décision de Voies navigables de France. VNF a finalement fait machine arrière...

Mickaël Bosredon
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Un carrelet, en bord de Garonne
Un carrelet, en bord de Garonne — S.ORTOLA/20MINUTES

Menacés d’être, en partie, détruits, les carrelets resteront bien en place. Une mobilisation conséquente s’était formée ces dernières semaines pour sauver ces cabanes de pêcheurs sur piloti installées le long de la Garonne, la Dordogne, et l’Isle, dans le département. Et elle a marché. Voies navigables de France (VNF), qui gère le domaine public fluvial, souhaitait en effet mettre fin à l’usage de reconduction ou de transmission d’occupation temporaire du domaine, qui autorise l’installation ou le maintien des carrelets et leurs pontons. L’établissement public a reculé mardi soir, comme l’atteste un courrier envoyé à Philippe Dorthe, conseiller général et régional (PS) de la Gironde, et qui a mené la bataille pour sauver ces cabanes.

«Au terme de chaque convention, d’une durée de trois ans, VNF souhaitait récupérer la gestion des carrelets en bon état, et les louer aux occupants, les autres étant détruits si elle les jugeait non conforme, explique Philippe Dorthe. Plus de 50% des carrelets étaient ainsi menacés.» Aucune étude fiable n’a été menée jusqu’à présent sur ces petites maisons, mais l’association des pêcheurs amateurs aux engins et filets de la Gironde, qui regroupe 1.500 adhérents dont 1.000 pêcheurs au carrelet, estime à 650 leur nombre sur le domaine fluvial, et presque autant sur le domaine maritime, dans la région.

«Les touristes les prennent en photo»

«VNF invoquait le principe de sécurité pour justifier son projet, poursuit Philippe Dorthe, mais il n’y a jamais eu aucun accident d’ampleur avec les carrelets. Aucun ne s’est effondré jusqu’ici. La vérité est que cette institution a cherché à faire des économies, car la présence de ce patrimoine nécessite de faire travailler quelques agents…»

L’élu parle bien de patrimoine. Les pêcheurs, tous amateurs, qui exploitent les carrelets, soulignent en effet l’attrait touristique que représentent ces cabanes: «Tous les touristes qui se baladent sur la Garonne les prennent en photo» assure Michel Richard, propriétaire d’un carrelet depuis trois ans à Savignac. «C’est un engin de pêche typique et local, insiste Paul Toitot, un autre pêcheur, membre du conseil d’administration de l’association, à comparer avec la palombière pour les chasseurs.» «Il y a une véritable économie locale autour des carrelets, ajoute Marc Trely, président de l’association, il faut les entretenir, et pour pêcher, il faut acheter du matériel, notamment des filets.»

Vers un statut de protection paysagère?

Apparus au 18ème siècle sous leur forme actuelle, les carrelets sont équipés d’un moulinet qui permet de faire descendre dans le fleuve, et de le remonter, un grand filet de pêche. Ils se cèdent entre pêcheurs. « On peut le vendre, l’échanger… Tout se négocie, mais il n’y a pas d’acte officiel devant le notaire » précise Michel Richard.

Philippe Dorthe a été frappé, de son côté, du soutien populaire reçu pour son combat de sauvegarde de ce patrimoine. «J’ai reçu des milliers de messages, et pas que des pêcheurs, et même de personnes habitant en Bretagne» souligne-t-il. Après avoir sollicité le ministre de la Pêche Frédéric Cuvillier, et suite à la nomination d’un nouveau président à VNF, Stéphane Saint-André, ancien maire de Béthune, le dossier a pris une tournure plus positive ces derniers jours. «Maintenant, il faut travailler à un statut de protection paysagère pour les carrelets», estime l’élu, qui reconnaît cependant qu’il y aura des améliorations à apporter dans le futur. «Il va falloir notamment répertorier et s’occuper des carrelets abandonnés.»