«Lever des fonds à Bordeaux, ce n'est pas facile»

ENTREPRISES A quelques jours du salon de l'entreprise Aquitaine, de jeunes créateurs bordelais alertent sur la difficulté, en phase de croissance, à trouver des financements...

Mickaël Bosredon
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Les chefs des entreprises bordelaises Marbotic, jestocke.com, Origin By, Azendoo, Concoursmania et Park and Trip
Les chefs des entreprises bordelaises Marbotic, jestocke.com, Origin By, Azendoo, Concoursmania et Park and Trip — M.BOSREDON/20MINUTES

Envie de monter votre boîte, ou de reprendre une entreprise? Le salon de l’entreprise Aquitaine (9 et 10 avril) est l’endroit idéal pour trouver les réponses à vos interrogations. En amont de ce salon, six jeunes chefs d’entreprises bordelais, tous dans le milieu du numérique et de l’économie collaborative, se sont réunis dans les (superbes) locaux de Concoursmania, à Bordeaux. Créée en 1995 par Julien Parrou, cette start-up dans le domaine du jeu marketing est devenue une entreprise qui emploie aujourd’hui près de 100 personnes, et est cotée en bourse depuis mai 2011.

Julien Parrou vient de lancer une association, Bordeaux entrepreneurs, «qui s’adresse aux entreprises en phase de croissance.» «Il y a un vrai sujet concernant l’accompagnement des créateurs d’entreprises, surtout lors de la phase d’amorçage, c’est-à-dire entre la création et la phase de croissance» analyse le patron de Concoursmania. «Trouver 50.000€ pour se lancer, on va dire que c’est relativement faisable, et une fois que vous faites du chiffre d’affaires, vous pouvez réussir à lever deux ou trois millions d’euros. Mais entre les deux, quand on a besoin entre 50.000 et 300.000 euros, là c’est très dur, car les organismes financiers détestent le risque, et parce qu’il y a encore trop peu de business angels en France» poursuit Julien Parrou.

«Faire venir des entreprises c’est bien, mais il faudrait aussi des investisseurs»

L’analyse est partagée par d’autres jeunes créateurs bordelais. «Nous sommes précisément dans cette phase où nous avons besoin de lever environ 300.000€, explique Laure Courty, dirigeante de jestocke.com. Et à Bordeaux ce n’est pas facile ; c’est à Paris qu’il faut aller chercher les fonds. Cela prend énormément de temps, que nous ne consacrons pas au développement de notre business. Faire venir des entreprises à Bordeaux c’est bien, mais il faudrait aussi amener des investisseurs!»

Le site jestocke.com propose de la location d’espace de stockage entre particuliers, ce qui permet au loueur de rentabiliser une cave ou un garage, et au demandeur d’économiser jusqu’à 60% par rapport à un garde-meubles classique. «Le problème après la phase de lancement est d’atteindre une masse critique, analyse Laure Courty. Notre projet était d’abord Bordelais, mais maintenant il est d’envergure nationale, donc nous avons besoin de chercher des relais de croissance.»

«Pour obtenir un prêt, on nous demande de bloquer la somme équivalente sur un compte…»

La crise de croissance, une étape à laquelle la société Park’n’Trip est également confrontée. Montée par Benoît Leblanc et Julien Delplanque en avril 2013, cette société a remporté la Business Cup du salon de l’entreprise l’an passé. Elle propose un parking économique à proximité de l’aéroport de Bordeaux, avec des services autour (entretien, nettoyage du véhicule…)

«C’est un service qui manquait sur Bordeaux, et il y a une réelle demande sur tous les hubs logistiques, explique Benoit Leblanc. C’est pourquoi nous avons une stratégie de développement sur d’autres aéroports de province, où les parkings sont soit saturés, soit hors de prix.»

«La difficulté, c’est le financement, confirme Benoit Delplanque. Nous avons ainsi pu obtenir 70.000€ pour développer un deuxième site à Marseille, qui doit ouvrir avant l’été, mais l’organisme prêteur demande que l’on bloque sur un compte une somme équivalente de notre côté, et de surcroît cautionnée à 70%.»

«Avec de jeunes entreprises comme nous, qui n’ont qu’un seul bilan à présenter, les banques sont clairement frileuses, poursuit Benoit Leblanc. Au niveau de l’agence locale, quand vous avez en face de vous quelqu’un qui suit le projet, cela peut passer, mais généralement la décision finale du prêt se fait à un niveau au-dessus, et c’est là que ça coince.»

Pour décoincer ces situations, des organismes d’accompagnement des créateurs, comme le réseau entreprendre Aquitaine (qui regroupe des chefs d’entreprises) existent pour soutenir les initiatives locales.

Salon de l'entreprise Aquitaine, mercredi 9 et jeudi 10 avril, au palais des congrès de Bordeaux-Lac.