Philippe Dorthe: «Le pôle de réparation de yachts, c'est un marché mondial pour Bordeaux»

INDUSTRIE Le conseiller général et régional de Bordeaux (PS), et administrateur du port de Bordeaux, Philippe Dorthe, monte au créneau pour soutenir le projet de pôle de réparation de yachts aux Bassins à flot, qui permettrait tout bonnement de sauver le quartier, selon lui...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Philippe Dorthe devant une des formes de Radoub. 
 
Philippe Dorthe devant une des formes de Radoub.   — E.Provenzano / 20 Minutes

Vous défendez l’idée d’un pôle de réparation de yachts, communément appelé Refit, aux Bassins à flot, alors qu’il pourrait poser des problèmes de nuisances aux milliers d’habitants qui s’apprêtent à investir le quartier. Pourquoi?

On prend le problème à l’envers sur ce dossier. L’activité portuaire aux Bassins à Flot, elle existe déjà, elle était là bien avant les projets immobiliers dans le quartier. Moi, je défends le bien public, qui crée de l’emploi pérenne dans Bordeaux, et le projet de refit c’est 160 emplois à temps plein, et jusqu’à 700 au pic de l’activité. Deux formes de radoub (cales très profondes qui permettent l’aménagement et la réparation de bateaux, NDLR), existent déjà. A remettre en service, ce n’est rien. Si on ne les utilise pas, on va en faire quoi? Des jardinières? On va laisser tout cela à l’abandon, et on aura quelques touches ici ou là, une «rue du port», une «rue du marin», ou je ne sais quoi, pour rappeler le passé portuaire du site? Nous avons des infrastructures à notre disposition, utilisons-les! Et il faut arrêter avec ce débat sur les nuisances ; il n’y en aura pas. A fond de cale, un bateau dépasse très peu des radoubs. Les gens travaillent en souterrain, et avec les systèmes d’extraction qu’on utilise aujourd’hui, cela ne fait pas de bruit. La plupart du temps en plus, ce sont des bateaux en aluminium ou en fibre de verre, ce qui n’a rien à voir avec des bateaux en tôle. Je suis même convaincu qu’avec cette activité, avec des restaurants ouvriers, il y aurait une vie dans le quartier qui ne déplairait pas aux habitants, alors que dans le projet actuel on se dirige droit vers une cité-dortoir complètement aseptisée.

Vous contestez le projet urbanistique en cours dans le quartier?

Franchement, ce qui est en train de se construire ne sera pas classé au patrimoine mondial dans deux siècles… Une réalisation que j’aime beaucoup, et qui se situe à deux pas, c’est le Seeko’o Hôtel. J’aurais bien vu un quartier entier dans la même veine, un quartier tout en corian, comme une sorte d’iceberg… On en aurait parlé dans le monde entier. Ce que l’on est en train de faire, c’est pareil que n’importe où. Mais au-delà de cette considération architecturale, ce que je déplore, c’est que les gens sont en train de se faire berner par des promoteurs immobiliers qui leur vendent sur plan des choses qui ne sont pas réelles. Je me souviens encore de la plaquette de Bouygues pour vendre le quartier Ginko, elle faisait rêver, avec ses faux cours d’eau et des canoës dessus… Aujourd’hui, c’est une mare, et de surcroît 35°C l’été dans les appartements, et une chaudière à granulés qui ne fonctionne pas. Bref, c’est un fiasco. Et on se dirige droit vers un fiasco aux Bassins à Flot. Les promoteurs vont vendre, c’est sûr, mais après? Les investisseurs qui achètent pour défiscaliser, soit 70% des acheteurs, ne vont pas parvenir à louer leurs appartements aux prix espérés, et tout cela finira en grosse unité qui se transformera en logement social, et tant mieux car on en a besoin, mais avec le risque d’un abandon des abords des immeubles.

Vous demandez donc au maire de Bordeaux de revenir sur ses choix?

Je conteste les choix politique et urbanistique choisis par la ville de Bordeaux. Et je m’agace des déclarations de personnes qui ne connaissent rien de l’activité portuaire, comme le président du CIVB qui veut tout bonnement supprimer toute activité industrielle aux Bassins à flot, à cause du projet de Cité du vin qui va voir le jour juste à côté. Mais il y a une chose qu’on oublie de dire concernant ce dossier, c’est que le maire de Bordeaux n’a aucune influence sur un port de l’Etat français. Le seul habilité à signer un permis de construire, c’est le préfet, sur ordre du ministre des transports. Et le préfet a instruction de soutenir ce projet. Le problème, c’est que l’on est face à une promotion immobilière qui va, elle, très vite, et qui s’appuie sur les permis de construire signés par le maire, quand les décisions concernant un port prennent plus de temps.

Malgré tout cela, les retombées économiques d’un pôle de refit seront-elles si importantes qu’il faille se battre pour sa création?

J’en suis plus que convaincu, et je ne suis pas le seul. Nous avons des spécificités à Bordeaux qui n’existent nulle part ailleurs, grâce à nos entreprises aéronautiques. Aménager un Falcon ou un bateau de luxe, c’est la même chose. Et grâce à la région, nous pouvons nous appuyer sur Aérocampus, qui permettra des synergies entre les métiers de l’aéronautique et du naval. Enfin, le marché de la réparation des yachts, qui se passe essentiellement en Méditerranée, est saturé. Et les équipages réclament d’être reçus en cœur de ville, pas dans des ports à plusieurs kilomètres du centre. S’ils sont bien reçus à Bordeaux, et ils le seront, dans une ville magnifique, je peux vous assurer que, dans un milieu où le bouche à oreille fonctionne très bien, c’est un marché mondial qui s’ouvre à nous.