Football amateur: Le surprenant défi bordelais d’Ibrahima Bakayoko

FOOTBALL L’ancien joueur de l’OM et de Montpellier explique les raisons qui l’ont poussé à signer à 37 ans, après six mois de chômage, au Stade Bordelais en CFA…

Marc Nouaux

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Ibrahima Bakayoko (à d.) lorsqu'il jouait à Larissa (Grèce) le 25 octobre 2007.
Ibrahima Bakayoko (à d.) lorsqu'il jouait à Larissa (Grèce) le 25 octobre 2007. — PAUL BARKER

«Je ne m’attendais pas forcément à ça. Le plus important était surtout de retourner en France.» Ibrahima Bakayoko, 37 ans, en est le premier surpris. Sa signature au Stade Bordelais, en CFA, alors qu’il était au chômage depuis six mois après une dernière pige en Grèce, ne faisait pas vraiment partie de ses plans. Même s’il n’envisageait pas forcément la retraite, l’ancien international ivoirien (22 buts en 39 sélections) a profité de ses six derniers mois sans club pour retourner dans son pays. «J’ai failli tout arrêter pour devenir président du Stade Abidjan, raconte-t-il. C’est mon premier club, je lui dois tout, je suis reparti là-bas pour apporter mon expérience professionnelle mais je suis encore trop jeune pour être président!»

«On a l’intention de l’aider dans sa reconversion»

Parti de France en 2005 après une dernière expérience en Ligue 1 à Istres, Bakayoko a pas mal bougé entre l’Italie et la Grèce (six clubs en neuf ans parmi lesquels Livourne, Messine, Larissa ou le PAOK Salonique). Mais vingt ans après ses débuts en pro, il était temps pour lui de penser à l’après-football. C’est ce qui a motivé sa signature au Stade Bordelais (10e de CFA) après son passage en Côte d’Ivoire. «Il est venu chez nous grâce à un ami commun, Lassina Diabaté [ancien joueur des Girondins entre 1997 et 2001], explique Alain Fournier, le président de la section foot du club amateur. Il avait encore envie de jouer car il était pro en Grèce au 30 juin 2013 et c’est sa vie, le foot. Il ne le fait pas pour l’argent et quoi qu’il arrive, cela ne coûtera rien au Stade Bordelais puisque c’est un partenaire qui prend en charge. Il veut rester dans le monde sportif après sa carrière, et on a l’intention de faire l’effort pour l’aider dans sa reconversion.»

 «Je viens car j’ai un projet professionnel en relation avec mon ami, Lassina Diabaté mais je viens aussi pour apporter sportivement, justifie Bakayoko. Je viens surtout pour l’humain. Pour le moment, je ne me suis pas projeté plus loin que les quatre prochains mois. C’est un clin d’œil aux gens du football amateur qui apportent beaucoup.»

«Un joueur au vécu incontestable mais il n’a pas joué depuis six mois»

Au sein du club, personne ne s’attendait à voir débarquer l’un des anciens meilleurs attaquants de Ligue 1. Y compris Frédéric Parisot, l’entraîneur, pas encore convaincu par cette recrue. «Je cherchais un attaquant mais plutôt un joueur qui évolue en National ou CFA, explique t-il. Je n’ai eu l’info de son arrivée que très tard. On espère qu’il amènera plus d’efficacité dans le secteur offensif. Les joueurs qui ont joué au plus haut niveau doivent normalement apporter leur efficacité mais ça reste à prouver. Certes, c’est un joueur au vécu incontestable mais il n’a pas joué depuis six mois.»

«Il n’y a aucun problème là-dessus, rassure Bakayoko. Je sais comment il faut retrouver mon niveau. Je fais du footing tous les matins en plus des entraînements du soir.» «Il a envie de s’investir, souligne Alain Fournier. Il est sérieux et même s’il faut prendre un peu de temps, on sait qu’il apportera à l’équipe.» Selon Frédéric Parisot, le joueur «ne sera pas prêt avant trois semaines». Ensuite, Bakayoko espère «apporter son expérience et aider ce club qui a envie de grandir». Après, il ne sait pas s’il poursuivra sa carrière de footballeur. Mais l’heure de sa retraite n’a pas encore sonné.