«Mon parcours aurait dû m’amener à faire une carrière parisienne»

Elsa Provenzano

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Catherine Marnas, directrice du théâtre national de Bordeaux en Aquitaine.
Catherine Marnas, directrice du théâtre national de Bordeaux en Aquitaine. — S.Ortola / 20 minutes

Catherine Marnas, âgée d’une cinquantaine d’années, a pris la direction du TnBA le 1er janvier 2014, elle prend la suite de Dominique Pitoiset et devient la première femme nommée à ce poste.  Après seulement une année à la tête du théâtre de la Friche, à Marseille, elle a choisi de postulé au TnBA.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai eu un parcours que je qualifie de schizophrène, entre mes cours de lettres modernes à l’université et ma pratique de comédienne. J’ai ensuite commence des études en sciences du langage et fait ma thèse avec Michel Corvin, que je considère comme un vrai maître. J’ai choisi de travailler sur Antoine Vitez car il est connu pour sa pédagogie et je voulais apprendre le métier avec lui. Ecrire ma thèse a été l’occasion d’obtenir un stage et de devenir ensuite son assistante.

Georges Lavaudant a aussi marqué vos débuts, comment l’avez-vous rencontré ?

Je fonde la compagnie Parnas en 1986, orientée sur les créations contemporaines. Mon premier spectacle en tant que metteuse en scène a été remarqué mais il m’a laissé sur la paille. J’ai eu besoin de travailler pour rembourser les dettes et c’est comme cela que je suis devenue l’assistante de Georges Lavaudant. Grâce aux réseaux de Vitez et Lavaudant, j’ai rencontré assez vite de grands coproducteurs, comme Bobigny. Cela aurait dû m’amener à une carrière parisienne, mais je n’ai pas voulu. Même quand je donnais des cours au conservatoire à Paris, je faisais la navette pour rentrer à Marseille. C’est que pour moi, le théâtre n’est pas hors sol, j’ai besoin de terre c'est-à-dire d’un public fidèle.

Pourquoi avoir postulé à Bordeaux ?

J’ai eu un contact très privilégié avec la ville puisque j’étais passée à Bordeaux lors de la tournée, en 2007, de la pièce Sainte Jeanne des Abattoirs de Brecht, j’y avais rencontré 40 acteurs amateurs. J’avais aussi fait une intervention auprès de la première promotion de l’école. Je trouve qu’on a plus le sens du théâtre ici, qu’à Marseille  Et puis, le TnBA c’est un bel équipement avec trois salles, une école et la ville est très belle.  

Comment cela se passe depuis votre arrivée le 1er janvier ?

Le rythme est carrément fou, toutes les compagnies ont de grosses attentes vis-à-vis du théâtre, ce qui est normal. J’aimerais en faire un lieu de rassemblement, créer une communauté joyeuse. Le TnBA ce n’est pas une goélette mais un gros paquebot, on ne prend pas un virage comme ça. J’aimerais recentrer l’activité sur plus de créations et que les spectacles restent plus longtemps en ville.

Récemment, il y a eu à Bordeaux, plusieurs nominations de femmes à la tête d’institutions culturelles, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est très important. Cela rejoint le débat sur les quotas, je ne supporte pas que les gens les ridiculisent. Certes on doit être pris pour ses talents et pas pour remplir une case. Mais, si on ne passe pas par une démarche volontariste, ça ne changera jamais. C’est important qu’il y ait une pluralité de regards sur le monde. J’ai assisté récemment à une représentation pour le jeune public, mise en scène par une femme et dans le spectacle, c’est le jeune homme qui attend la jeune fille, c’est elle qui fait des études supérieures etc. Cela n’a l’air de rien mais c’est important.

Quel est le prochain spectacle issu de votre programmation que le public bordelais pourra découvrir ?

C’est seulement à partir d’octobre que débute la nouvelle programmation.  Ce sera une adaptation sur scène de «Lignes de failles», un roman de Nancy Huston. Je précise que je n’ai pas choisi son roman parce que c’est une amie, elle est devenue une amie au cours du projet.